Une soirée hautement républicaine

Legion d'honneur MartialVendredi 18 février, c’est en présence d’une assistance de plus de 600 personnes que Michel Mercier, Garde des sceaux et ministre de la justice, m’a élevé au grade de chevalier de la légion d’honneur.

Je tiens à remercier la présence des très nombreuses personnalités : Michel Mercier, Maurice Charrier, vice-président du Grand Lyon et ancien maire de Vaulx-en-Velin qui a proposé mon nom pour cette décoration, Guy Fischer, vice-président du Sénat, Muguette Dini et Legion d'honneur MartialJean-Jacques Pignard, sénateurs du Rhône, Gérard Collomb, sénateur-maire de Lyon et président du Grand Lyon, Raymond Durand, député de la circonscription, Daniel Lebail Coquet et Marie-France Vieux Marcaud, respectivement secrétaire du PCF du Rhône et présidente de l’association départementale des élus communistes et républicains, Jean-Paul Mauduy, président de la chambre régionale de commerce et Legion d'honneur Martiald’industrie, Kamel Kabtane, recteur de la grande mosquée de Lyon, et les représentants de tous les cultes givordins, ainsi que de très nombreux conseillers généraux, vice-présidents du Grand Lyon et maires du Rhône.

Legion d'honneur MartialMes remerciements vont également aux dirigeants d’entreprises, aux présidents d’association, aux responsables institutionnels, aux Givordines et Givordins ainsi qu’à tous mes proches et ami(e)s qui ont souhaité vivre ce moment inoubliable pour moi à mes côtés.

Legion d'honneur MartialJe suis particulièrement ému et fier de recevoir cette haute distinction républicaine.

Legion d'honneur MartialMes premières pensées vont à mes parents et tous mes proches, à qui je dédie cette distinction au nom de leur soutien et de tout ce qu’ils m’ont apporté et m’apportent encore.
 
Cette distinction récompense également Givors, ville pétrie des valeurs de solidarité et de respect de l’autre, et la Fédération nationale des Entreprises Publiques Locales.

Legion d'honneur MartialVous trouverez ci-dessous mon discours (une vidéo de l’évènement sera très prochainement mise en ligne).

Monsieur le Ministre,
Monsieur le Préfet de région,
Mesdames, Messieurs, chers amis,

Je vous remercie toutes et tous pour votre présence, et l’amitié que vous me faites d’être ici aujourd’hui.
Je suis particulièrement honoré de recevoir cette haute distinction des mains d’un ministre de notre république, et je suis heureux que ce soit par toi, Michel, avec qui je partage, au-delà de nos différences, une valeur humaine essentielle :
« Celle du respect des femmes et des hommes et ceci, quelles que soient leurs opinions politiques, philosophiques ou religieuses ».
Merci également à toi Maurice d’avoir proposé mon nom pour cette décoration et d’avoir bien voulu accepter d’ouvrir cette manifestation avec les valeurs qui sont les tiennes et qui sont, comme tu le sais, si proches des miennes.

J’ai cru comprendre que certains trouvaient cette assemblée déroutante de part sa composition, voire énigmatique au regard de ceux qui interviennent.
Alors, pour prévenir tout sentiment anxiogène, je dirais que cette assemblée me ressemble, tout simplement parce qu’elle rassemble celles et ceux avec qui j’avais envie de partager ce moment important.

Et tout d’abord, Margaux, ma petite fille, qui, à trois ans seulement, m’aide à garder les pieds sur terre et m’apprend, avec beaucoup d’intelligence, l’art de relativiser.
Mes enfants, Thomas, Nicolas, Clément et leur maman,
Mes parents, mes sœurs, Jérémy, et Nicolas,
Et bien sûr Muriel, mon épouse, toujours attentive et particulièrement présente.
Merci également à vous toutes et à vous tous, amis, camarades et relations, unis et réunis aujourd’hui par ce symbole de notre république.

Vous l’avez compris, cette distinction me touche tout particulièrement.
Issu d’un milieu modeste, j’ai très tôt été sensible aux inégalités et aux injustices sociales, et plus encore aux souffrances et aux blessures qu’elles provoquent au plus profond d’entre nous.
Ayant eu des grands-parents italiens et espagnols chassés de leurs pays respectifs par le fascisme, le franquisme et la grande pauvreté, j’ai grandi dans cette ville de Givors qui est riche de toutes ses diversités et grande de toutes ses solidarités.
Elevé par des parents profondément  honnêtes, intègres et ouverts aux autres, militant activement pour un monde meilleur,  j’ai été éduqué dans le respect absolu des valeurs de la république et je me suis construit dans le cadre d’une vie familiale généreuse, faite de mobilisations pour une société plus juste et d’engagements contre toutes les formes de racisme et de discrimination.

Ces valeurs, qui furent et restent la base de mon engagement au sein du Parti communiste français, je les retrouve heureusement ailleurs, portées, à leur façon, par des hommes et des femmes, issus d’autres formations, qu’elles soient politiques, associatives, syndicales ou religieuses.
Cette pluralité et cette diversité sont, à mes yeux, une formidable richesse et un atout majeur de notre démocratie.
Une démocratie qui, pour vivre et rayonner, doit sans cesse faire l’effort de s’émanciper du risque mortel de l’uniformité et de la pensée unique.

Comme chacun le sait, les scientifiques ont découvert que la consanguinité est, au minimum, source de stagnation et d’appauvrissement, et au pire, de malformations et de dégénérescence.
Sans vouloir choquer personne, je pense qu’il en est de même pour la construction des idées et des comportements, qui pour se développer harmonieusement, doivent en permanence être brassées et revivifiées au contact des autres et des réalités.
C’est un fait, dans une société de surconsommation et de surinformation planétaire, la capacité des individus à faire des choix s’est paradoxalement amoindrit.
La caporalisation des idées et des comportements, le règne des normes standardisées, le rejet des différences sont devenus des formes de repli sur soi et de cristallisation identitaire qui, certes, peuvent rassurer, mais qui au bout du compte provoquent des ruptures et génèrent une société du chacun pour soi, source de méfiance, de stigmatisation et d’exclusion de l’autre.

Dans un monde parfois artificiel et trop souvent virtuel
•    on parle de plus en plus, mais on écoute de moins en moins,
•    on multiplie les contacts sur le net mais on n’en approfondit aucuns,
•    on connaît les peuplades d’Amazonie mais bien souvent on ignore les difficultés de son voisin de palier.
Et comme nous ne sommes jamais avares de paradoxes, on réclame des solutions durables tout en glorifiant le culte de l’immédiateté, et tout en demandant au collectif de répondre, non pas à l’intérêt général, mais à une somme d’intérêts particuliers.
•    Ainsi, on attend d’un président de club qu’il gère tous les problèmes, y compris celui d’emmener les enfants jouer le samedi après-midi pendant que les parents font les courses.
•    On attend du maire un projet de développement à long terme, mais avant tout qu’il règle sur le champ toutes les situations individuelles.
•    On parle beaucoup de l’intérêt de l’enfant mais ils sont peu nombreux ceux qui veulent revoir l’amplitude de la semaine scolaire, au motif que cela remettrait en cause les week-ends et amoindrirait le tourisme.

Ainsi, de glissements en glissements, les logiques deviennent purement utilisatrices et poussent à ce que chacune et chacun devienne de moins en moins citoyen et de plus en plus consommateur et client de la république.
Ce double recul de la dimension collective de la vie en société et de la notion d’intérêt général provoque régulièrement de nouvelles cassures entre l’opinion publique et les institutions républicaines.

Nous vivons incontestablement une époque marquée par une profonde perte de repères concernant la nature des droits et des devoirs de chacun, mais nous vivons également une époque faite de souffrances réelles chez ceux qui vivent des situations dramatiques de chômage, de précarité et d’exclusion.
•    Ce sont des millions d’êtres humains, qui d’une manière ou d’une autre se sentent exclus d’une société à laquelle ils ne pensent pouvoir apporter ni leur talent, ni la moindre valeur ajoutée.
•    Des millions d’êtres humains, qui ne se reconnaissent plus dans une société qui surmédiatise une poignée de privilégiés mais qui oublie trop souvent de valoriser le bénévolat et l’engagement citoyen pourtant mis au service du vivre ensemble et de l’intérêt général.
•    Des millions d’êtres humains,  qui ne se retrouvent pas dans une société qui glorifie l’argent trop facilement gagné, mais qui oublie de valoriser le travail, dans le cadre d’une économie réelle qui produit de l’emploi et des richesses, afin de répondre aux besoins des populations et des territoires.

Comme vous tous, je rencontre régulièrement celles et ceux qui ne passent jamais à la télé, mais qui passent leurs soirées dans des ateliers de soutien scolaire et à qui il manque toujours « trois sous » pour boucler leur budget.
Comme vous tous, je rencontre également celles et ceux qui ne font jamais les « unes » de la presse people, mais qui passent leur week-end à occuper les enfants des quartiers ou à aider les femmes à sortir de leur isolement.
Dans mes permanences d’élu, je rencontre nombre de personnes venant exprimer leurs angoisses et leur désespoir devant un logement que l’on ne peut obtenir, un emploi derrière lequel on court sans succès, ou une aide devenue vitale car certaines fins de mois arrivent de plus en plus tôt.

Face à l’absence de solutions immédiates, le plus souvent, tout le monde est mis dans le même sac : les élus qui ne pensent qu’à eux, les patrons qui s’enrichissent, les partis politiques qui magouillent, les fonctionnaires et leurs privilèges, et bien sûr les immigrés qui sont le plus souvent de nationalité française .
Dans ces cas-là, nous ne sommes jamais loin de la recherche sécurisante du bouc émissaire, et nous sommes toujours proches du « tous pourris ».
Si comme beaucoup, je ne partage pas ces propos, je ne partage pas non plus l’idée que la seule réponse qu’il conviendrait d’apporter au « tous pourris » serait de répliquer par un retentissant « tous des cons ».

Ne pas accepter les situations qui poussent au désespoir, ne pas accepter les amalgames honteux, et les propos racistes, c’est bien sûr écouter et agir pour faire évoluer les situations de chacun, mais c’est aussi montrer que chaque personne est digne d’intérêt.
En définitive, n’est-ce pas ces ferments là, qui aideront à l‘éclosion d’une société d’inclusion et de partage, et non plus d’exclusion et d’isolement ?

Mesdames, Messieurs chers amis,

Vous l’avez compris, je porte un regard critique sur les dérives et les fractures de cette société qui fragilise les êtres humains et qui par là même fragilise notre pacte républicain.
Un regard critique, qui n’entame en rien mon optimisme et me pousse à penser
•    Qu’il n’est pas écrit à l’avance que le culte de  l’individualisme puisse continuer à éroder le sens de l’intérêt général et du bien commun.
•    Qu’il n’est pas dit que les valeurs humaines et sociales du travail, de la culture, de la citoyenneté et de la solidarité ne puissent pas retrouver de la vigueur et ressusciter une nouvelle espérance collective.
•    Et enfin qu’il n’est pas dit que le respect de soi et des autres ne puisse pas redevenir la première règles du vivre ensemble.

Pour ma part, je suis convaincu que tout est encore possible, car les compétences et les énergies sont là, à condition de les susciter, d’aller les chercher, et de les aider à reprendre pied dans notre république.
•    Chacune et chacun est bien évidemment concerné par cet important défi républicain,
Les formations politiques, les responsables institutionnels, les chefs d’entreprise, les acteurs de la vie culturelle, sportive et associative, enfin, toutes celles et tous ceux qui se démènent aujourd’hui pour créer du lien social et de la citoyenneté.
•    Chacune et chacun est concerné car, en définitive, à quoi servirait d’avoir une parcelle de responsabilité et de pouvoir, si ce n’est pour aider chaque individu à s’approprier les enjeux et les leviers d’une société qui devrait tout simplement replacer l’humain au centre de toutes ses préoccupations.

Utopie diront certains : je ne le crois pas !
Je ne le crois pas, aussi bien au regard de l’histoire de notre pays qu’au regard des trésors de dévouement et de solidarité qui composent nos territoires.
Je pense au contraire que nous pouvons collectivement faire reculer tous les fanatismes, tous les intégrismes, mais aussi les formidables inégalités qui mettent à mal notre société.
Nous le pouvons parce que l’une des composantes essentielles de l’humain, c’est sa capacité de réflexion, d’indignation, de création et d’action.
•    N’est-il pas sain de s’indigner des écarts indécents qui existent entre les populations qui vivent avec moins d’un dollar par jour et les quelques centaines de fortunes insolentes à travers le monde ? 
•    N’est-il pas sain de s’indigner face aux remises en cause des droits de l’Homme et devant les blessures quotidiennes qui sont faites à notre planète ?
J’imagine que nous sommes à peu prés tous d’accord pour partager ces constats, mais que nous ne serons certainement  pas tous d’accord sur l’intensité, la rapidité et la façon de mettre en œuvre les mesures à prendre pour y remédier.
Eh bien, je dis tant mieux :
•    Tant mieux si cela permet de redonner envie et sens aux engagements collectifs,
•    Tant mieux si cela permet aux différents points de vue de se confronter pour être source d’enrichissement, de complémentarité et au final de progrès pour tous,
•    Et enfin tant mieux, car notre république laïque se doit d’être une république vivante afin de toujours donner le meilleur contenu  à ses valeurs de Liberté, d’Egalité et de Fraternité.

Mesdames, Messieurs, chers amis,
J’arrive au terme de ces quelques mots qui bien évidemment me sont très personnels.
Beaucoup pensent, à tort, que les femmes et les hommes politiques ne sont en fait que des mécaniques robotisées.

De mon expérience d’élu local et de président national de la Fédération des Entreprises Publiques Locales, je retiens finalement une idée simple, c’est qu’il faut savoir se garder des clichés et toujours faire l’effort de penser par soi-même.
En politique, comme dans la vie économique, institutionnelle ou associative, la véritable richesse est humaine, et pour moi c’est ce qui fait, qu’au-delà de nos différences, nous pouvons, si nous le voulons, être capables de respect voire de sympathie pour l’autre.
Personnellement, je n’y vois rien d’horrible et je trouve que c’est même une saine conception de notre République.

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