Givors rend hommage au groupe Manouchian

ManouchianSamedi 26 février, nous avons eu le plaisir de célébrer, comme chaque année, la mémoire du groupe Manouchian au square Sarkis Tchoulfian (Parc Normandie Niemen de Givors).

Aujourd’hui encore plus qu’hier, il est important de se souvenir que ce sont des françaises et des français mais aussi des arméniens, roumains, espagnols, italiens, des maghrébins et des africains qui ont donné leur vie pour notre patrie et qui ont donné sens aux devises républicaines inscrites au fronton de nos mairies :

Manouchian la liberté face à l’occupation et au fascisme,
● l’égalité face à la discrimination et l’antisémitisme,
● la fraternité face à la division et au communautarisme.

Vous trouverez ci-dessous mon discours.

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Mesdames, messieurs, cher(e)s ami(e)s,

La cérémonie à la mémoire du groupe Manouchian sera, comme chaque année, placée sous le signe du devoir de mémoire.

A l’issue de cette cérémonie, la municipalité de Givors et la communauté arménienne vous convient à partager le verre de l’amitié à la Maison du Fleuve Rhône et à assister à la remise des livrets de « l’affiche rouge » aux collèges et aux lycées, par M. Krikorian, président de la maison de la culture arménienne, en partenariat avec la ville de Givors.

Mesdames, messieurs, cher(e)s ami(e)s,

Le 21 février 1944, au Mont-Valérien, les membres du Groupe Manouchian, tous d’héroïques résistants, sont exécutés par un peloton allemand.

Olga Bancic, juive d’origine roumaine, seule femme du groupe, sera quant à elle décapitée à la hache, le jour de son 32ème anniversaire.

Malheureusement, les Hommes ne semblent jamais retenir les leçons de l’histoire.

● Je pense avec horreur aux milliers de civils morts dans les conflits en Palestine, en Afghanistan, au Darfour, en Irak ou très récemment en Lybie.

● Je pense à ces milliers de personnes oppressées par des régimes autoritaires ou dictatoriaux, et qui veulent seulement vivre en paix et travailler pour nourrir leurs enfants.

● Et dans cette lutte pour la liberté et les droits de l’homme, comment ne pas évoquer cette formidable lutte engagée par les peuples tunisiens, égyptiens, libyens, algériens ou encore Yéménites et Bahreïnien pour renverser les régimes qui les ont oppressés durant des décennies.

Dans cette perspective, il n’est donc pas inutile de dire et de redire qu’il y a 67 ans, des hommes et femmes issus de nationalités et de confessions différentes se sont battus pour la France et pour un idéal de liberté.

Arméniens comme Manouchian,
Hongrois comme Boczov,
Italiens comme Fontanot,
Espagnols comme Alfonso,
Français comme Cloarec.

Aujourd’hui encore plus qu’hier, il est important de se souvenir que ce sont des françaises et des français mais aussi des arméniens, roumains, espagnols, italiens, des maghrébins et des africains qui ont donné leur vie pour notre patrie et qui ont donné sens aux devises républicaines inscrites au fronton de nos mairies :
● la liberté face à l’occupation et au fascisme,
● l’égalité face à la discrimination et l’antisémitisme,
● la fraternité face à la division et au communautarisme.

Important de se souvenir qu’aux côtés de cette résistance plurielle, il y avait les armées alliées composées d’américains, de soviétiques, de canadiens et d’anglais.

Si Missak Manouchian était communiste, d’autres étaient gaullistes, et d’autres encore n’appartenaient à aucune formation politique.

Certains étaient catholiques, d’autres étaient juifs ou musulmans, et d’autres encore étaient athés.

Mais tous quelles que soient leurs opinions politiques, philosophiques ou religieuses, s’étaient rassemblés et avaient fait de leur différence le ciment de leur combat contre le fascisme et le nazisme, et tous croyaient en l’Homme et aux valeurs de la République.

L’exemple de ces hommes et femmes, venus de culture et d’horizons divers, unis autour d’un idéal de paix, de justice et de liberté, a contribué à construire notre pays sur la richesse de toutes les diversités.

L’histoire personnelle de Missak Manouchian, poète et militant, est à ce propos exemplaire à plus d’un titre.
Né le 1er septembre 1906 dans un village de Turquie dans une famille de paysans, Missak Manouchian échappe de justesse au génocide arménien et devient orphelin.

Comme des centaines d’enfants arméniens, il est d’abord hébergé par une famille kurde, puis recueilli par une institution chrétienne.

Comme 3 millions de travailleurs immigrés qui rejoignirent la France dans les années 20, Missak et son jeune frère arrivent en France, symbole pour eux d’une terre d’accueil et de liberté.

Lors de la déroute française de 1940 et pendant l’occupation du pays, cet immigré arménien choisit le camp de la Résistance.

En 1943, il est affecté dans les Francs Tireurs Partisans de la M.O.I. dont il prend la direction militaire pendant que d’autres, à Vichy, choisissent de se compromettre dans la collaboration.

Les membres du groupe Manouchian firent preuve de tant d’efficacité qu’Hitler demanda personnellement, je cite, que « ces terroristes juifs et étrangers soient mis hors d’état de nuire ».

C’est ainsi que le 16 novembre 1943 à Evry, les Brigades Spéciales de la police française, qui s’étaient mises aux ordres de la Gestapo, procédèrent à leur arrestation.

Torturés pendant trois mois, ils sont tous condamnés à mort au terme d’une parodie de procès.

La tristement célèbre Affiche Rouge, placardée par les nazis et intitulée « l’armée du crime », deviendra l’emblème du martyr du groupe Manouchian, mais aussi le symbole d’une France qui refusait de s’agenouiller à l’exemple de tous ces doigts qui discrètement inscrivaient « Morts pour la France » alors que des mains anonymes déposaient des fleurs au bas des affiches.

Afin de leur rendre hommage, Louis Aragon leur écrira un poème qui restera l’un des plus beaux de la poésie contemporaine française, et qui fût admirablement mis en musique et chanté par Léo Ferré.

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Mesdames, messieurs, cher(e)s ami(e)s,

Cultiver le souvenir de Missak Manouchian et de son groupe, c’est bien sûr œuvrer pour la paix dans le monde et pour le bien vivre ensemble, mais c’est aussi apporter notre pierre à l’édifice de la lutte contre tous les racismes.
 Toute l’histoire de l’humanité montre que la paix, la justice et la démocratie sont des valeurs qui ne sont jamais acquises définitivement et qu’il est toujours nécessaire de rester vigilant.

● Vigilant face aux injustices,
● Vigilant face aux discriminations, aux racismes et à l’antisémitisme,
● Vigilant enfin face à l’intolérance, aux communautarismes et aux fanatismes de toutes sortes.

Aujourd’hui, peut-être encore plus qu’hier, il est indispensable de faire comprendre que la diversité des cultures est une richesse, une richesse que les membres du Groupe Manouchian ont portée au plus haut degré du sacrifice.  

Il nous est désormais collectivement dévolu la mission de faire connaître et prospérer cette richesse afin de construire la France du 21ème siècle, dans le cadre d’une république laïque et solidaire.

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