Mon discours sur la montée inquiétante du FN en France

Vous trouverez ci-dessous le discours que j’ai prononcé, jeudi 24 mars, devant une assistance de plus de 170 personnes à l’occasion du rassemblement républicain que nous avons organisé avec Azélia Colombier Mekherbeche afin de faire barrage au Front National.

Humanité

Dessin publié dans le quotidien l’Humanité du mercredi 30 mars 2011

Mesdames, messieurs, chers amis,

Je tiens tout d’abord à remercier le Front de Gauche (PCF, PG, GV), les gaullistes, le Citoyen, l’UL CGT, les personnalités qui nous ont soutenu dès le 1er tour,

Remercier Europe Ecologie les Verts / PS / NPA, les personnalités UMP qui ont décidé de faire barrage au Front National,

Remercier mes collègues élus,

Particulièrement remercier 7 des 9 maires du canton qui ont décidé de lancer, dans leur diversité, un appel républicain contre le FN.

Le 1er tour des élections cantonales a été marqué par :

1/ une forte abstention, sondage de Louis Harris :

« L’abstention n’est pas le fait de l’indifférence, c’est d’abord une désillusion et une colère. Ceux qui ont boudé les urnes ont voulu montrer leur mécontentement sur la manière dont les choses vont en France en s’opposant à Nicolas Sarkozy ».

Je partage cette analyse :

Ceux qui se sont abstenus disent souvent :
•    Ça sert à rien de voter,
•    ils sont tous pareils,
•    c’est toujours nous qui trinquons,
•    on n’a pas de travail, nous sommes discriminés.

Si collectivement on n’aide pas à faire comprendre que le bulletin de vote est une protection efficace et une arme redoutable pour sanctionner les politiques de casse, eh bien, la société va continuer à glisser et à être de plus en plus inégalitaire.

On continuera à créer des boucliers fiscaux, alors qu’il faut des boucliers sociaux.

2/ Succès de la candidature d’Azélia et de moi

Au 1er tour, nous avons progressé de 5,3% sur la commune de Givors avec un résultat de 45,44%, et progressé de 3,8% sur les 9 communes du canton avec un résultat de plus de 35,1%.

Merci aux électrices et électeurs.

Merci aux militants, aux personnalités qui se sont investis dans cette campagne.

L’UMP continue sa dégringolade en ne passant pas la barre des 20% sur le canton, et à Givors en n’arrivant même pas à dépasser la barre des 10% (28% en 1992
9,7% aujourd’hui : les plus mauvais résultats jamais réalisés).

Le maire de Montagny et candidat UMP paie ainsi la politique de l’UMP, mais aussi les attaques ignobles contre la ville de Givors, Azélia et moi-même.

D’autres candidats se sont également essayés aux attaques personnelles plutôt qu’au débat d’idée. Les mêmes causes ont produit les mêmes effets.

Europe Ecologie les Verts progressent de 6,4% et depuis lundi les militants sont avec les militants du Front de Gauche et les Gaulistes sur les marchés pour appeler à battre le Front National.

Vous comprendrez que je prenne un peu plus de temps pour analyser les résultats du Front National.

Avec :
•    22,2% à Givors : + 7% par rapport à 2004
•    22,3% sur les 9 communes : + 7% par rapport à 2004

Le vote Front National a siphonné l’UMP avec des points inquiétants dans quelques villes du canton.

Près de :
•    35% à Echalas,
•    29% à Chassagny,
•    24% à St Romain en Gier.

La progression du Front National est lourde de danger.

•    Je suis scandalisé par les propos de certains dirigeants de l’UMP en renvoyant dos à dos FN et autres candidats.

Même sans faire de parallèle qui n’aurait que peu de sens, il ne faut pas oublier ce que fut l’idéologie nazie et les étranges ressemblances avec certaines thèses, mais je pourrais dire « foutaise » du Front National.

L’histoire ne se répète jamais à l’identique mais, sur cette question, il est nécessaire de regarder en arrière pour comprendre les risques que peut faire courir toute complaisance vis-à-vis des idées de l’extrême droite.

En 1932, le parti National Socialiste d’Hitler obtient 37% de voix et 230 sièges au Reichstag.

Dans la foulée, Göring est élu président du Parlement.

En cette année 1932, l’Allemagne compte 6 millions de chômeurs, le niveau national a baissé de 40%, les files se font de plus en plus longues devant les soupes populaires et à la porte des bureaux de chômage.

Hitler se contente de promesses économiques et axe son discours sur les juifs qu’il désigne comme responsables.
Le 30 janvier 1933, le président allemand Hindenburg nomme Hitler chancelier, c’est à dire premier ministre.

Son action sera alors rapide et brutale :

- remise en cause de nombreux droits constitutionnels,
- interdiction de tout rassemblement,
- suspension de tout journal d’opposition et arrestation des opposants à son régime.

Présentant la République comme une période de chaos et d’anarchie, il la condamne et annonce vouloir en finir ave elle.

En mars 1933, les nazis obtiennent 43,9% des voix.

Le 27 février de la même année, l’incendie du Reichstag est prétexte à l’arrestation de milliers d’opposants communistes et socio-démocrates allemands qui peuplèrent et périrent dans les camps de concentration.

Le 12 mars 1933, le drapeau de la croix gammée devient l’emblème du Reich nazi.

Le 20 mars, c’est l’ouverture officielle des premiers camps de concentration.

En avril, la gestapo est créée.

Le 1er mai les syndicats libres sont interdits.

Chacun connaît la suite, les thèses de la race supérieure, la xénophobie… et le rouleau compresseur nazi sur toute l’Europe.

Comment ne pas s’interroger sur la réalité française aujourd’hui ?

La France, pays des droits de l’Homme, va-t-elle remplacer l’Allemagne nazie des années trente ?

Est-elle en train de courir vers l’abîme où ce pays sombra avant d’entraîner avec lui l’Europe et le monde entier ?

Il faut se rendre à l’évidence, ce qui était inimaginable il y a encore une vingtaine d’années redevient une éventualité que l’on ne peut écarter.

En 1933, Hitler jeta la minorité juive en pature à tous ceux qui désespéraient et qui souhaitaient une vie meilleure.

Aujourd’hui la famille Le Pen fait jouer ce rôle à d’autres immigrés en se servant des mêmes arguments.

Vous l’aurez compris, ce n’est pas cette France que j’ai envie de laisser à mes enfants et à mes petits-enfants.
Les contorsions de certains dirigeants de l’UMP sont incroyables et innacceptables. Je vais vous lire ce que vient d’écrire l’ancien secrétaire général de l’Elysée (gauliste convaincu) :

« En refusant de donner des consignes de vote claires, l’UMP ne s’est pas bornée à renvoyer dos à dos ses adversaires. Elle a ouvert une brèche dans la digue élevée par le général de Gaulle entre la droite et l’extrême droite. Une digue qui avait tenu plus d’un demi-siècle.
L’Histoire permet de comprendre qu’entre la droite et l’extrême droite, il n’y a pas une différence de degré, il y a une différence de nature. Une différence de racines.

L’extrême droite s’est construite sur le refus de la République. Elle a été jusqu’à faire, avec une partie des élites françaises, le choix de la défaite en 1940 pour mieux renverser la République.

Pour l’extrême droite, il y a deux catégories de Français : ceux de souche – les prétendus vrais – et les autres.
Son antisémitisme des années 1930 a muté pour prendre le visage aujourd’hui de son rejet des musulmans. Mais il s’agit d’évidence des deux faces d’une même pièce. 

Il faut toujours, lorsque l’essentiel est en jeu, la fidélité à ce que nous sommes car les électeurs tentés par le Front national choisiront toujours l’original à la copie. L’UMP a adopté une ligne politique suicidaire. La vérité, c’est qu’à force de parler des français qui ne se sentiraient plus chez eux, d’envisager de remettre les réfugiés dans des bateaux, d’ouvrir un prétendu débat sur la laïcité, comme paravent de la stigmatisation de l’islam, on ne peut parvenir qu’au rejet et au mépris de ceux que l’on cherche à séduire.
L’histoire se répète : accepter de mettre en parenthèses notre honneur pour sauver, croit-on, nos chances de victoire ne peut conduire qu’au déshonneur et à la défaite. »

Personnellement, je n’ai rien à ajouter à cette analyse.

Chers amis,

Je suis de ceux qui sont inquiets devant la montée du Front National.

- inquiet car cela génère des comportements trop souvent faits d’intolérance et de racisme.

- inquiet car par calcul politicien certains s’accomodent d’un front national qui vient brouiller les valeurs de notre République et qui souvent aide certains élus à gagner ou conserver leur siège.

- inquiet car aujourd’hui beaucoup pensent que le FN est un parti comme les autres, au point de placer en 2ème position des candidats qui n’habitent pas le canton, n’y votent pas, et n’ont même pas pris quelques heures pour venir expliquer ce qu’ils feraient s’ils étaient élus.

- inquiet, car certaines et certains pensent et parfois disent « quelle horreur que notre pays et notre ville de Givors soient métissés ! »
Mais ce qui est horrible, c’est l’uniformité de la pensée, c’est l’absence de diversité, c’est tout ce qui favorise la pensée unique et la caporalisation des idées et des comportements.

En cohérence avec ce que nous sommes, Azélia et moi, nous avons envoyé à la presse un communiqué pour que les électrices et les électeurs du Rhône utilisent leur bulletin de vote pour barrer la route au FN et en votant pour la gauche ou la droite en fonction des situations. Nous l’avons fait parce que le combat contre le FN ne peut se satisfaire de compromis qui sont autant de compromissions.

Chers amis,

Il reste 3 jours pour :
•    convaincre les abstentionnistes d’aller voter,
•    et expliquer à ceux qui ont voté FN au 1er tour qu’ils se sont trompés de colère.

Notre objectif aujourd’hui est de gagner ces élections mais aussi de les gagner en donnant une bonne claque aux idées nauséabondes et dangereuses du FN.

Alors pour celles et ceux qui ont encore un peu d’énergie après ces 3 mois de campagne, je vous invite à vous mobiliser et à faire voter pour faire barrage au Front National, à l’image de ce que viennent de faire 7 des 9 maires du canton de Givors, et c’est tout à leur honneur :

- René Balme, maire de Grigny
- Marc Cliet, maire de Millery
- Gérard Faurat, maire de St Andéol
- Jean Micard, maire de St Romain en Gier
- Michel Oziol, maire de Chassagny
- Martial Passi, maire de Givors
- Gabriel Villard, maire de St Jean de Touslas

Merci à eux, merci à toutes celles et tous ceux qui, dans leur diversité politique, philosophique et religieuse, ont décidé de se rassembler pour cette élection.

Elie Wiesel disait : « Il suffit de tomber dans la complaisance et l’oubli pour que les Auschwitz d’hier deviennent des hiroshimas de demain ».

Parce que l’on ne veut pas revivre en pire les plus atroces et abominables moments de notre histoire, n’oublions pas et n’ayons aucune complaisance.

C’est le seul et unique chemin pour que nous puissions bien vivre ensemble en paix et dans le respect mutuel.

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