Aimé Césaire au Panthéon : un hommage national à un grand Homme

aimé cesaireA l’occasion de l’entrée d’Aimé Césaire au Panthéon, la semaine dernière, je vous propose de retrouver une interview dans laquelle j’explique, entre autres, les motivations qui ont conduit la ville de Givors a être la première ville de métropole à inaugurer une rue au nom d’Aimé Césaire, le 26 juin 2008, jour de sa naissance, afin de rendre hommage à ce grand Homme, à ce grand poète, à ce grand humaniste.

Pour visionner l’interview, cliquez ICI.

Vous pouvez retrouver également, ci-dessous, le discours que j’ai prononcé lors de l’inauguration de la rue.


Mesdames et Messieurs,

Le 17 avril dernier, disparaissait, à l’âge de 94 ans, l’écrivain et homme politique Martiniquais Aimé Césaire.

La France entière lui a rendu un vibrant hommage et l’on a encore en tête les images émouvantes de ses obsèques nationales à Fort-de-France.

A Givors, cette émotion nous la partageons encore, quand on sait l’ampleur de son engagement politique et humaniste, et l’éminence de son œuvre littéraire.

Nous avons donc symboliquement choisi le jour de sa naissance, le 26 juin 1913, pour lui dédier le nom de l’une de nos rues.

Aimé Césaire fut sans doute l’un des plus grands écrivains du XXème siècle :

Poète, dramaturge, homme politique, il laisse derrière lui une œuvre magistrale, et il n’est pas exagéré de dire que sa pensée et son énergie créatrice auront profondément marqué la littérature française et mondiale.

De sa rencontre avec Léopold Sedar Senghor naît le concept de « négritude », un concept qui rejette le projet d’assimilation culturelle, promeut l’Afrique et sa culture, tant dévalorisées par le racisme issu du colonialisme.
 
L’anticolonialisme, l’antiracisme et l’humanisme seront perpétuellement au cœur de l’engagement politique d’Aimé Césaire.

Originaire de Martinique, il est confronté quotidiennement, lors de ses études à Paris, au racisme décomplexé du milieu intellectuel de l’époque.

Dès 1934, il fonde avec d’autres étudiants des Antilles et d’Afrique, la revue « l’Etudiant noir », outil culturel et politique qui imprègnera autant sa poésie que ses combats.

En 1946, il adhère au PCF, engagement qu’il justifie de la façon suivante :

« Dans le monde mal guéri de racisme où persiste l’exploitation féroce des populations coloniales, le Parti communiste incarne […] le droit à la dignité de tous les hommes, sans distinction d’origine, de religion, de couleur ».

Il le quittera en 1956 en adressant une longue lettre à Maurice Thorez pour exprimer sa déception face aux révélations sur le régime stalinien.

De la Libération à 2001, Aimé Césaire est maire de Fort-de-France, capitale de la Martinique.
Il fera de l’immense bidonville hérité de la colonisation une capitale et y laissera une empreinte indélébile, en particulier sur le plan culturel.

Décidé à forger chez les Martiniquais une conscience libre et citoyenne, il fonde le PPM (Parti Progressiste Martiniquais).

De 1945 à 1993, il siège comme député à l’Assemblée nationale et permet la naissance officielle des départements d’Outre-mer.

En 2005, bien que retiré depuis longtemps, sa voix reste forte.

Ainsi à plus de 91 ans, Césaire entraîne dans le sillage de sa révolte toute la Martinique en refusant de recevoir Nicolas Sarkozy, porteur de la loi consacrant le « rôle positif » de la colonisation.

L’engagement d’Aimé Césaire fut avant tout un engagement sans concession pour la liberté et la justice.
Il n’était pas le défenseur d’un peuple, mais celui de tous les peuples qui, à travers le monde, souffrent du manque de liberté et de justice.

Le 10 mai dernier avait lieu la journée commémorative de l’abolition de l’esclavage, date anniversaire de l’adoption par le Sénat de la loi Taubira en 2001 désignant la traite et l’esclavage comme un crime contre l’humanité.

Durant de trop nombreuses années, la période esclavagiste de notre histoire de France a été occultée.

Aujourd’hui le devoir de mémoire doit nous conduire à expliquer la tragédie que constitua le trafic négrier, l’asservissement de millions d’hommes et de femmes niés dans leur humanité, triés et vendus comme du bétail, déportés de leurs terres africaines, entassés au fond des navires, avant d’échouer dans les plantations de canne à sucre dans les colonies françaises, espagnoles ou britanniques.

En inaugurant aujourd’hui une rue Aimé Césaire, nous rendons hommage aux millions de victimes qui succombèrent à la barbarie de l’esclavage, aux millions d’Africains qui furent arrachés de leur terre natale.

Rendre hommage aux victimes du colonialisme, c’est bien sûr rendre hommage au poète, à l’élu, et à celui qui s’est battu pour la reconnaissance de ce crime contre l’humanité.

« Le colonialisme, disait-il, porte en lui la terreur, il porte aussi en lui, […] le mépris de l’homme, la haine de l’homme, bref, il porte en lui le racisme. Que l’on s’y prenne comme on voudra, on arrive toujours à la même conclusion : il n’y a pas de colonialisme sans racisme ».

Certains peuvent penser que ce combat n’est plus d’actualité et qu’il est désormais inutile de ressasser ce passé douloureux.
Pourtant il y a seulement 3 ans il s’est trouvé une majorité de parlementaires pour voter une loi sur le prétendu rôle positif de la colonisation.

Certains peuvent penser que ce combat n’est plus d’actualité et pourtant il y a seulement un an le Président de notre République prononçait lors d’un discours à Dakar des mots terribles, en disant que: « l’Homme africain est incapable de se projeter dans l’avenir ».

Certains peuvent penser que ce combat n’est plus d’actualité et pourtant chaque jour le racisme et l’antisémitisme continuent de tuer. On apprenait avant hier que le gouvernement envisageait d’expérimenter au Cap Vert les tests ADN pour les candidats à l’immigration.

Cette politique constitue non seulement une injure envers les étrangers mais également envers les Français attachés aux valeurs de liberté, d’égalité, de fraternité et de respect de la personne humaine.

« Et quand ils regardent en arrière, ils ne sont pas tentés d’être ingrats, mais à la lumière même de ce passé, ils apprennent à considérer que la vraie émancipation n’est pas celle qui se décrète, mais celle que l’Homme conquiert sur lui-même, qu’elle n’est pas derrière eux mais devant eux, et que c’est à eux qu’il appartient de la préparer».

Cette phrase extraite du discours d’Aimé Césaire lors de la commémoration du centenaire de l’abolition de l’esclavage résume bien l’œuvre créatrice et les valeurs que portaient Aimé Césaire.

Au-delà du symbole, il était bien naturel que Givors, ville solidaire et plurielle, lui rende hommage aujourd’hui.

Une réflexion au sujet de « Aimé Césaire au Panthéon : un hommage national à un grand Homme »

  1. Merci pour l’Homme, et pour tous les antillais de Lyon, de France et du monde.

    J’aimerais partager avec vous quelques unes de mes citations préférées :

    " Je ne suis pas antifrançais, je suis d’abord martiniquais."

    " J’accepte mes origines, mais que vais-je en faire?"

    "Une civilisation qui choisit de fermer les yeux à ses problèmes les plus cruciaux est une civilisation atteinte."

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