50ème anniversaire de la guerre d’Algérie : un devoir de mémoire et de réconciliation

50ème anniversaire de la guerre d’Algérie : un devoir de mémoire et de réconciliation

Lundi 19 mars, en présence de plus d’une centaine de personnes, j’ai eu l’honneur de célébrer les 50 ans du cessez le feu de la guerre d’Algérie, en compagnie d’Yves Pron, président de la Fnaca de Givors, et de nombreux anciens combattants. Une cérémonie émouvante qui a été suivie d’un concert du groupe givordin Kermesse  » J’avais 20 ans en Algérie » et clôturé par le verre de l’amitié.

Retrouvez ci-dessous mon intervention, dans l’attente de la vidéo de la cérémonie qui sera prochainement publiée sur le site Givors.fr.

Monsieur le Président de la FNACA,
Mesdames, Messieurs, chers amis,

50ème anniversaire de la guerre d’Algérie : un devoir de mémoire et de réconciliationNous sommes une nouvelle fois réunis dans ce square du 19 mars 1962 pour commémorer le 50ème anniversaire de la fin de la Guerre d’Algérie et la mémoire de ses nombreuses victimes.

♦ Une guerre qui a longtemps caché son nom, malgré ses centaines de milliers de victimes,

♦ une guerre qui fit voler en éclats la 4ème République et faillit renverser la 5ème,

♦ une guerre qui dura 7 ans, 4 mois et 19 jours, et qui mobilisa plus de 400.000 soldats.

Finalement, c’est par la voie diplomatique entre le gouvernement français et le Front de Libération National algérien que la guerre d’Algérie trouva sa conclusion, le 18 mars 1962 à 17h40.

Le soir même, le Chef de l’Etat annonçait que le Cessez-le-feu entrerait en vigueur le lundi 19 mars à midi.

Approuvé par référendum par 91% des Français, ce cessez-le-feu a permis de clore 8 années d’une guerre sanglante dont le bilan fut tristement lourd.

30 000 soldats français ne revirent jamais leur famille et plus de 300 000 d’entre eux sont rentrés blessés ou malades sans que jamais le souvenir de la guerre ne puisse s’effacer de leur mémoire.

Si l’on ajoute à ce bilan :

♦ Les souffrances de centaines de milliers de morts et de disparus du peuple algérien.

♦ Le déchirement de dizaines de milliers de rapatriés fuyant leur pays natal.

Nous avons la confirmation, par l’absurde, que toute guerre est épouvantable.

♦ Il aura fallu attendre 1999 pour que le gouvernement français reconnaisse enfin l’état de guerre en Afrique du Nord et permette ainsi une meilleurs connaissance de la réalité des combats.

♦ Il aura fallu attendre le 22 janvier 2002 pour que l’Assemblé nationale reconnaisse le 19 mars comme journée nationale du souvenir et du recueillement.

Les archives nationales n’étant malheureusement toujours pas accessibles au public, la compréhension de tous les enjeux de ce conflit doit encore progresser.

Nous savons tous ici quel a été l’engagement de la FNACA à réclamer inlassablement l’officialisation du 19 mars comme jour anniversaire du cessez-le-feu.

50ème anniversaire de la guerre d’Algérie : un devoir de mémoire et de réconciliationUne demande qui a reçu le soutien de 20 222 conseils municipaux, soit près de 60% des communes, qui ont déjà pérennisé la date du 19 mars à travers le nom d’une rue, d’une place ou encore d’un square comme celui dans lequel nous nous réunissons aujourd’hui.

D’ailleurs un sondage IFOP du mois de janvier, indique que 81% des Français souhaitent que le 19 mars soit commémoré en présence du Président de la République.

Il est donc temps que ce choix des Français devienne réalité pour les plus hautes instances de notre pays,

Comme il serait grand temps de reconnaître le dévouement des centaines de milliers de Français qui ont consenti d’immenses sacrifices dans cette guerre d’Algérie en y donnant leur jeunesse et pour beaucoup leur vie.

Comme vous tous, je suis scandalisé des déclarations du gouvernement et son obstination profondément choquante de ne pas célébrer les accords d’Evian et la fin de la guerre d’Algérie.

Il y a quelques jours, le secrétaire d’État déclarait
« loin de réconcilier les mémoires, le 19 mars est une date qui les divise et ravive les plaies profondes d’une page douloureuse de l’histoire récente de la France.
Par respect pour ces victimes et leurs familles encore en vie aujourd’hui, la Nation ne peut et ne doit se rassembler en ce jour anniversaire ».

A l’évidence, sur cette question, le gouvernement entretient une inéquité dans la gestion de l’histoire et dans le traitement du souvenir et, malheureusement, une inéquité dans la prise en compte de la douleur de ceux qui ont sacrifié leur jeunesse dans une guerre qu’ils n’avaient pas voulu.

50ème anniversaire de la guerre d’Algérie : un devoir de mémoire et de réconciliationIl s’agit manifestement d’un véritable déni historique et d’une incroyable rupture d’égalité dans la commémoration des grandes dates de notre histoire.

Mesdames, Messieurs, chers amis,

Comme vous le savez, Givors a, depuis longtemps, fait le choix du 19 mars comme seule et unique date commémorative de la fin du conflit.

Et ce choix a été confirmé, d’une part, par une délibération du Conseil municipal du 24 novembre 2003, et d’autre part par un refus catégorique de commémorer le 5 décembre.

Comme vous le savez, les manœuvres et les intimidations en tout genre n’ont pas manqué.

Il y a eu d’abord le rapport Kaspi qui proposait de ne retenir que 3 dates de commémorations officielles en France : le 8 mai, le 14 juillet et le 11 novembre.

Puis il y a eu la proposition de retenir la date du 16 octobre, en référence à l’inhumation d’un soldat inconnu d’Afrique du Nord à Notre-Dame de Lorette en 1977.

Puis l’impensable date du 10 juin, née de l’esprit d’un obscur secrétaire d’Etat.

Puis plus tard encore, la décision ubuesque d’officialiser le 5 décembre 2002, correspondant à l’anniversaire de l’inauguration du Mémorial national, quai Branly….

Et enfin, en janvier 2012, la nouvelle proposition du gouvernement qui souhaite commémorer les victimes de toutes les guerres, le seul 11 novembre.

50ème anniversaire de la guerre d’Algérie : un devoir de mémoire et de réconciliation19 mars 2012, 50 ans après la fin de la guerre d’Algérie, aucune commémoration nationale n’aura souligné la paix retrouvée, les souffrances et la mort de celles et ceux qui, de chaque côté de la Méditerranée, aspiraient à la liberté et à la paix.

50 ans après la fin du conflit, le bilan est plutôt accablant.

D’un côté, ce sont les difficultés pour faire reconnaître le 19 mars et pour faire progresser les justes demandes des anciens d’Algérie. Et de l’autre, on remarque que les activistes qui avaient retourné leurs armes contre la République ont tous été amnistiés et réhabilités.

Mais visiblement ce n’est pas encore suffisant pour ces nostalgiques de l’OAS qui rêvent de prendre leur revanche en imposant leur loi et leur vision si particulière de l’Histoire…

Comme le disait un article du dernier journal de la Fnaca « l’ancien d’Algérie » : « à nous, à nous tous de montrer que nous « pesons » plus lourd que ces minorités agissantes ».

Mesdames, Messieurs,

A travers la manifestation d’aujourd’hui, nous réalisons notre devoir de mémoire, de respect et de reconnaissance envers ceux qui ont combattus, qui sont morts et envers ceux qui, encore nombreux, gardent les stigmates de ce conflit.

Nos pensées s’attachent plus particulièrement, ce soir, à la mémoire des 3 Givordins qui ont perdu la vie.

-    Jacques Bouvier, né en 1935, décédé au combat  le 14 septembre 1957.
-    Raymond Poisson né en 1936, décédé au combat le 25 novembre 1958
-    Victor Devaux né en 1937, décédé au combat le 26 octobre 1959.

Nous n’oublions pas leur sacrifice et je tiens à témoigner toute notre estime et notre compassion à leurs familles.

Grâce au travail inlassable de la FNACA, ce devoir de mémoire permet également d’améliorer la vie des anciens combattants et ceci malgré les lacunes du budget de leur ministère.

Cette question du budget est bien évidemment importante car aucune nation ne peut et ne doit « faire de misérables économies » sur le dos des combattants.

Mesdames, Messieurs, chers amis,

La guerre reste un bien triste sujet d’actualité.

50ème anniversaire de la guerre d’Algérie : un devoir de mémoire et de réconciliationTous les jours, dans le monde, des hommes, des femmes et des enfants en payent le prix : Afghanistan, Darfour, Irak et récemment la Palestine…
La liste est longue des conflits meurtriers qui, parfois, nous font perdre espoir en l’humanité.

Comme beaucoup d’entre vous, je suis de ceux qui espèrent toujours que s’impose la paix mondiale par le recours aux négociations et à la compréhension mutuelle.

Et comme beaucoup d’entre vous, je suis de ceux qui militent pour la réconciliation entre les pays et leur population.

C’est pour cela, qu’en commémorant ce 50ème anniversaire de la fin de la guerre d’Algérie, nous célébrons, bien sûr, le cessez-le-feu et nous honorons les disparus ; mais nous réalisons également un geste pour l’apaisement des tensions entre les peuples.

Je remercie, Yves Pron, le président du comité de la FNACA de Givors et lui souhaite de pouvoir continuer à mener si bien, les initiatives du comité de Givors.

Avec ses 160 adhérents Givordins, la FNACA montre, par ces engagements et sa présence à toutes les cérémonies, son attachement au devoir de mémoire et sa volonté de construire un avenir de paix, de justice et de solidarité.

50ème anniversaire de la guerre d’Algérie : un devoir de mémoire et de réconciliation

C’est bien sûr un encouragement pour tous ceux qui sont épris de paix, mais c’est aussi un formidable exemple pour les générations à venir.

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