Hommage au groupe Manouchian

Hommage au groupe ManouchianDimanche 24 février, j’ai participé comme chaque année à la cérémonie en hommage au groupe Manouchian, au square Sarkis Tchoulfian, en présence d’une assistance nombreuse, notamment composée de : 

– Jean-Pierre Rioult, maire de Chasse sur Rhône,
- Paul Vallon, Président de l’ANACR,
- Yves Pron, président de l’UFAC de Givors,
- Luc Tchoulfian, Président de la communauté arménienne de Chasse-sur-Rhône/Givors,
- des élus de la municipalité de Givors.

Retrouvez ci-dessous mon intervention :

Mesdames, messieurs, cher(e)s ami(e)s,

Le 21 février 1944, au Mont-Valérien, les membres du Groupe Manouchian, tous d’héroïques résistants tombent sous les balles d’un peloton d’exécution allemand.

Quelques jours plus tôt, le 15 février 1944, 70 résistants et opposants à l’occupant furent fusillés lors de la première exécution massive au Mont-Valérien.

La barbarie nazie aura ainsi fait plus de 1 000 victimes au Mont Valérien entre 1941 et 1944.

Hommage au groupe ManouchianOlga Bancic, juive d’origine Roumaine, seule femme du groupe Manouchian, sera quant à elle décapitée à la hache le 10 mai à Stuttgart, le jour de son 32ème anniversaire.

Malheureusement, les Hommes ne semblent jamais retenir les leçons de l’histoire.

69 ans après, les guerres frappent encore.

● Je pense avec horreur aux milliers de civils morts dans les conflits en Palestine, en Lybie, au Darefour, au Mali, ou récemment en Syrie.

● Je pense à ces milliers de personnes oppressées par des régimes autoritaires ou dictatoriaux, et qui veulent seulement vivre en paix et travailler pour nourrir leurs enfants.

● Je pense aux formidables luttes engagées par les peuples en Europe et dans le monde réclamant la liberté et la démocratie.

● Je pense enfin au développement nauséabond des thèmes xénophobes et racistes en France et en Europe.
Il n’est donc pas inutile de dire et de redire qu’il y a 69 ans, des hommes et femmes issus de nationalités et de confessions différentes se sont battus pour la France et pour un idéal de liberté.

Qu’ils soient
- catholiques, juifs, ou athés,
- communistes, gaullistes, ou républicains,
tous étaient unis et avaient fait de leur différence le ciment de leur combat contre le fascisme et le nazisme.

Aujourd’hui encore plus qu’hier, il est important de se souvenir que ce sont des françaises et des français mais aussi des arméniens comme Manouchian, des roumains, des espagnols comme Alfonso, des italiens comme Fontanot, et plus largement des maghrébins et des africains qui ont donné leur vie pour notre patrie et qui ont donné sens aux devises républicaines inscrites au fronton de nos mairies :

● la liberté face à l’occupation et au fascisme,
● l’égalité face à la discrimination, au racisme et à l’antisémitisme,
● la fraternité et la solidarité face à la division et au communautarisme.

Important de se souvenir qu’aux côtés de cette résistance plurielle, il y avait les armées alliées composées d’américains, de soviétiques, de canadiens et d’anglais.

L’exemple de ces hommes et femmes, venus de culture et d’horizons divers, unis autour d’un idéal de paix, de justice et de liberté, a contribué à construire notre pays sur la richesse de toutes les diversités.

Hommage au groupe ManouchianL’histoire personnelle de Missak Manouchian, poète et militant, est à ce propos exemplaire à plus d’un titre.

Né le 1er septembre 1906 dans un village de Turquie dans une famille de paysans, Missak Manouchian échappe de justesse au génocide arménien et devient orphelin.

Comme des centaines d’enfants arméniens, il est d’abord hébergé par une famille kurde, puis recueilli par une institution chrétienne.

Comme trois millions de travailleurs immigrés qui rejoignirent la France dans les années 20, Missak et son jeune frère arrivent en France, symbole pour eux d’une terre d’accueil et de liberté.
Lors de la déroute française de 1940 et pendant l’occupation du pays, cet immigré arménien choisit le camp de la Résistance.

En 1943, il est affecté dans les Francs Tireurs Partisans de la M.O.I. dont il prend la direction militaire pendant que d’autres, à Vichy, choisissent de se compromettre dans la collaboration.

Comme le décrit Arsène Tchakarian, compagnon de la première heure de Missak et dernier survivant du groupe Manouchian, dans son dernier ouvrage « les Commandos de l’Affiche rouge » (publié en mai 2012) :

« Durant des mois, les membres du groupe Manouchian, tous déterminés à combattre pour libérer la France, n’ont cessé d’harceler et de déstabiliser l’occupant nazi, dans la clandestinité et au péril de leur vie ».

Les membres du groupe firent preuve de tant d’efficacité qu’Hitler demanda personnellement que « ces terroristes juifs et étrangers soient mis hors d’état de nuire ».

C’est ainsi que le 16 novembre 1943 à Evry, les Brigades Spéciales de la police française, qui s’étaient mises aux ordres de la Gestapo, procédèrent à leur arrestation.

Torturés trois mois durant, les résistants sont condamnés à mort au terme d’une parodie de procès.

Le jour même de la sentence, ils seront exécutés

La tristement célèbre Affiche Rouge, placardée par les nazis et intitulée « l’armée du crime », deviendra l’emblème du martyr du groupe Manouchian, mais aussi le symbole d’une France qui refusait de s’agenouiller à l’exemple de tous ces doigts qui discrètement inscrivaient « Morts pour la France » alors que des mains anonymes déposaient des fleurs au bas des affiches.

Afin de leur rendre hommage, Louis Aragon leur écrira un poème qui restera l’un des plus beaux de la poésie contemporaine française, et qui fût admirablement mis en musique et chanté par Léo Ferré.

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Mesdames, messieurs, cher(e)s ami(e)s,

Dans sa lettre à son épouse Mélinée, écrite le 21 février 1944 à Fresnes, quelques heures avant qu’il ne soit fusillé, Missak Manouchian écrivait :

« Je m’étais engagé dans l’armée de la Libération en soldat volontaire et je meurs à deux doigts de la victoire et de mon but.
Bonheur à ceux qui vont nous survivre et goutter la douceur de la liberté et de la Paix de demain.
J’en suis sûr que le peuple français et tous les combattants de la Liberté sauront honorer notre mémoire dignement ».

Cultiver le souvenir de ces Français d’adoption, comme nous le faisons chaque année au square Sarkis Tchoulfian,

● c’est bien sûr rendre hommage à ce groupe de héros morts pour défendre les valeurs de la France,

Hommage au groupe Manouchian● c’est aussi œuvrer pour la paix dans le monde et pour l’union de toutes les communautés,

● c’est enfin transmettre cette mémoire aux jeunes générations afin que les idéaux et le dévouement des 23 membres du groupe Manouchian, tous très jeunes, soient sources d’exemple et d’inspiration pour nos jeunes, dans un monde individualiste qui a bien besoin de solidarité.

69 ans plus tard, dans le flot d’une actualité toujours plus dramatique, le sacrifice du groupe Manouchian nous rappelle également combien nous devons rester vigilent face à toutes les haines et à tous les extrémismes, face à toutes les tentatives de division et d’exclusion.

Ainsi, le devoir de mémoire ne se résume pas seulement à rendre justice aux victimes des dizaines d’années après.

Le devoir de mémoire c’est également savoir s’opposer à toutes les atteintes aux libertés et aux discriminations au moment où elles se passent.

Il fait ainsi partie des actes quotidiens que nous devons mener collectivement et individuellement afin de promouvoir la tolérance, le respect de l’autre, l’amitié entre les peuples et les cultures.

Dans cette perspective, et dans la continuité de nos engagements humanistes, je ne manquerai pas de revenir vers vous très prochainement afin que nous puissions collectivement réfléchir, et organiser comme il se doit le 70ème anniversaire de la commémoration du groupe Manouchian.

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