Une grande figure emblématique de la résistance nous quitte

Une grande figure emblématique de la résistance nous quitte

Il y a quelques jours, François Ravot nous a quittés en laissant dans la peine sa famille, ses amis et ses nombreux camarades.

Au nom de la municipalité de Givors et en mon nom personnel, j’adresse nos sincères condoléances à son fils Guy et à sa compagne Inès ainsi qu’à ses petits enfants, Dorian et Élise, à sa nièce Sylviane, ainsi qu’à tous ses proches.
 
Je veux leur dire la douleur profonde qui est la nôtre.
 
Leur dire qu’une fois encore, Givors est en peine.

En peine car elle a perdu un de ses enfants, figure emblématique de la commune,

En peine car elle a perdu le dernier déporté, témoin des horreurs que peuvent générer les pires idéologies.

François est né à Givors, le 22 janvier 1922.

Fils d’Henri Ravot, cordonnier, et de Pérolène Vachaud, mère au foyer, François grandit au sein d’une famille givordine modeste avec ses parents et son frère Michel, célèbre cordonnier à Givors, qui nous a malheureusement quittés il y a 5 ans.

François entreprend des études d’ajusteur, fraiseur, tourneur.

Fraichement diplômé, sa vie bascule en mars 1943, au moment où la France est en proie à ses pires démons.

A l’âge de 21 ans, comme des centaines de milliers de Français, il est réquisitionné contre son gré par le régime de Vichy pour participer au service du travail obligatoire instauré par l’Allemagne nazie.

Un système ignoble mis en place pour compenser le manque de main-d’œuvre, dû à l’envoi des soldats allemands sur le front russe, et qui enrôla plus de 650 000 français dans le travail forcé.

Déporté en Autriche, François est alors affecté à la réparation de locomotives pour les chemins de fer du pays.

Un an plus tard, en juillet 44, sa vie bascule à nouveau quand il est envoyé en Yougoslavie pour creuser des fossés antichars.

Ne pouvant s’y résigner, François, l’homme humaniste et engagé que nous connaissons toutes et tous, décide de s’évader du camp dans lequel il était emprisonné, et il rejoint les résistants yougoslaves dans leur combat contre l’envahisseur nazi.

Il est alors affecté à un groupe de combat comme porteur de munitions pour les soldats yougoslaves, et participe aux violents combats de la campagne de Yougoslavie qui fit des centaines de milliers de morts.

Par la suite, il devient agent de liaison avant de se faire arrêter par la Wehrmacht alors qu’il tentait de faire dérailler des trains allemands.

Incarcéré, fin 44, à la prison Centrale de Maribor en Slovénie, il est sévèrement interrogé et torturé, pour finalement être envoyé dans le tristement célèbre camp de Dachau.

Lors de sa libération par les Américains en avril 45, et comme tous ses camarades, François était squelettique et ne pesait plus que 35 Kg.

Il sera rapatrié sanitaire en Suisse avant de rejoindre Lyon.

Après avoir vécu l’horreur de la déportation, du travail forcé et de la torture, François expliquait que

« c’est dans ces circonstances que la solidarité devient une évidence, où tous les occupants d’un même baraquement se serrent les coudes pour aider le plus faible sans aucun distinction de nationalité. »

Un regard profondément humaniste et une terrible leçon de vie pour chacune et chacun d’entre nous, en particulier pour les plus jeunes générations confrontées à une société de plus en plus individualiste, une société malheureusement minée par les extrémismes et tous les fanatismes.

De retour à Givors fin 45, à peine âgé de 23 ans, François reprend le cours de sa vie et, une fois rétabli, il intègre l’entreprise « Richier ».

Une entreprise lyonnaise spécialisée dans la fabrication d’engins de construction dans laquelle il travaillera durant près de 20 ans, avant d’intégrer la mairie de Givors comme contremaitre également durant près de 20 ans.

Il rencontre alors celle qui deviendra son épouse et ils auront un fils, Guy, qui leur donnera deux petits enfants Dorian et Élise.

Très marqué par ce qu’il avait vécu, comme des millions de jeunes de son époque, François décide très tôt d’adhérer à la Fédération nationale des déportés et internés résistants et patriotes, fondée en octobre 45.

Une association qui porte l’héritage de ceux qui, au cœur même des camps nazis, faisaient le serment de témoigner au nom de tous ceux qui n’en sont pas revenus.

Témoigner, au nom des morts.

Témoigner pour que notre planète ne vive « plus jamais ça ».

Témoigner pour veiller sur l’avenir des Hommes et leur dignité.

François Ravot deviendra président du comité de Givors de la FNDIRP et vice-président départemental durant quelques années.

Il fut également, et durant de longues années, président de l’Union Française des Associations de Combattants de Givors avant de passer le relais à Jacky Portier puis à Yves Pron, présent parmi nous aujourd’hui.

Soucieux du devoir de mémoire et de transmission des belles valeurs de liberté et de solidarité, François était présent à toutes les commémorations et cérémonies en hommage aux victimes et héros de la guerre, mais il était également présent dans les lycées et collèges pour apprendre aux jeunes générations que la liberté et la dignité des êtres humains sont aussi faciles à perdre que difficiles à retrouver.

Engagé, toujours souriant, François était apprécié de toutes celles et ceux qui croisaient son chemin.

Franc et loyal, François était un homme de contact qui n’hésitait pas à rendre service et à se rendre disponible à chaque occasion, notamment dans le milieu associatif givordin.

Passionné de tennis de table, il fut durant plusieurs années président du club de tennis de table givordin.

Passionné de vélo également, je sais que François aurait apprécié de voir passer la 100ème édition du Tour de France dans sa ville le 14 juillet prochain.

Mais malheureusement ainsi est faite la vie.

Si Givors perd aujourd’hui une grande figure de la résistance et de la déportation, elle perd également

- un homme qui fut décoré de la Légion d’Honneur,

- un homme titulaire de la Croix de Guerre et de la médaille de la Déportation pour faits de résistance,

- et enfin un homme décoré de la Croix du Combattant et de la médaille du combattant volontaire de la Résistance.

C’est un ami chaleureux que nous perdons aujourd’hui.

François était un républicain engagé porteur des valeurs de notre République et des belles valeurs humanistes de notre ville.

Je voudrais, en mon nom personnel et au nom de la municipalité, présenter une nouvelle fois mes sincères condoléances à

- sa compagne Inès,
- sa famille,
- son fils Guy,
- ses 2 petits-enfants, Dorian et Élise,
- sa nièce, Sylviane,
- à ses camarades et amis anciens combattants et résistants,
- à ses proches et tous ses amis, à qui il manque déjà beaucoup.

Dans un monde qui a rarement été aussi dur, et alors que les extrêmes continuent de se nourrir du désarroi social, il nous reste de nombreux combats à mener et de nombreuses luttes à engager pour défendre les valeurs de justice sociales, de solidarité et d’humanisme, qui étaient si chères à François.

C’est je crois l’une des meilleures façons de lui rendre hommage, et c’est je crois l’une des meilleures façons de garder intact son souvenir.

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