Nouveau square Charlotte Bazaille : hommage à une Givordine patriote et humaniste

Nouveau square Charlotte Bazaille : hommage à une Givordine patriote et humaniste

Après avoir participé à l’inauguration du nouvel EHPAD Saint Vincent, j’ai eu l’honneur d’inaugurer le nouveau square Charlotte Bazaille en cœur de ville, en face de la maison de retraite.

J’ai tenu à remercier de leur présence :

– les enfants de Charlotte Bazaille : Marie Peyraud, Pierre Bazaille, Gilles et Jacques,
– les 13 petits enfants,
–  les amis et proches de la famille Bazaille,
– les habitants et les riverains présents.

Retrouvez le discours complet de Jacques Bazaille, en fin d’article.

Avec les élus de la majorité municipale, nous avons souhaité dénommer ce square « Charlotte Bazaille » pour rendre hommage à cette Givordine, qui nous a quittés le 11 octobre 2011, et à son engagement patriotique et humaniste au cours de la Seconde Guerre mondiale.

Née le 17 juillet 1920 à Lyon, fille d’un père qui était tanneur et d’une mère au foyer, Charlotte a grandi dans la région lyonnaise au sein d’une famille de 4 enfants.

Nouveau square Charlotte Bazaille : hommage à une Givordine patriote et humanisteA la fin des années 30, toute la famille se retrouve au Maroc, à quelques kilomètres de Casablanca.

Charlotte a alors 18 ans et entreprend des études dans le secteur médical et soignant, pour contribuer à améliorer les conditions de vie des malades.

Elle étudie au sein de l’hôpital de Casablanca et est rapidement réquisitionnée par l’armée française, avant même d’obtenir son diplôme.

Diplôme qu’elle obtiendra sur le terrain lorsqu’elle elle agit dans des conditions extrêmes avec des dizaines d’autres femmes pour soigner les soldats blessés au combat.

Une expérience traumatisante qui accentuera son dévouement et son patriotisme.

Le débarquement allié du 8 novembre 1942, et l’arrivée de 75 000 soldats anglais et américains sur les côtes du Maroc et de l’Algérie, finit de convaincre Charlotte qui s’engage comme infirmière militaire au service de la Libération de la France.

Nouveau square Charlotte Bazaille : hommage à une Givordine patriote et humaniste« J’avais la chance de vivre en Afrique du Nord, et comme mon père était trop âgé et mes frères trop jeunes pour se battre, alors j’avais le devoir de m’engager pour ma famille et pour ma patrie » nous a-t-elle expliqué, il y a quelques années, lorsqu’elle reçut, avec réserve et modestie, le diplôme des anciens combattants qui rendait hommage à son parcours exceptionnel et à son dévouement exemplaire.

Son engagement, elle le mène avec courage et détermination, même si souvent elle doit côtoyer la mort, à bord des navires de guerre sur lesquels elle est mobilisée.

Un navire canadien d’abord puis le navire de guerre « Ville d’Oléron » dans lequel elle se bat aux côtés d’onze autres femmes marins, et de ses collègues chirurgiens, pour soigner et sauver les soldats blessés au combat.

C’est ça l’esprit « Casa 42 » comme le dit si bien sa famille.

En avril 1946, un an après la fin de la Seconde Guerre mondiale, Charlotte est démobilisée.

Dans la semaine suivante, elle se marie avec Georges Bazaille qu’elle avait rencontré, en métropole, avant de partir à Casablanca.

Georges Bazaille fut lui aussi un combattant et fut prisonnier de guerre durant 5 longues années.

Ensemble, ils auront 5 enfants : Marie, Frédérique, Pierre, Jacques, et Gilles qui leur donneront, à leur tour, 13 petits-enfants.

Après quelques années en région lyonnaise, le couple Bazaille s’installe à Givors, où Georges avait fait l’acquisition de l’étude notariale Baleydier qui allait devenir l’étude que nous connaissons tous aujourd’hui et qui est dirigée par notre ami Pierre Bazaille.

Nouveau square Charlotte Bazaille : hommage à une Givordine patriote et humanisteCharlotte décide, quant à elle, de rester mère au foyer pour élever ses enfants et leur donner les valeurs de courage, de patriotisme et d’amour de la vie qui lui étaient si chères.

Pourtant, profondément marquée par ce qu’elle a vécu et toujours animée par le désir d’aider son prochain, elle prolongea son engagement patriotique en se rendant une fois par semaine, dans les hôpitaux lyonnais afin d’accompagner les malades.

Un engagement bénévole, emprunt d’empathie et d’humanisme, qu’elle effectuera pendant plus d’une trentaine d’années.

Engagée et discrète, toujours souriante, Charlotte Bazaille était appréciée de toutes celles et ceux qui croisaient son chemin.

———————————-

Début 40, c’est une jeune fille qui est entrée dans l’histoire de notre pays.

Photo_052.jpgAujourd’hui, 6 novembre 2013, c’est une grande dame qui entre dans l’histoire de notre ville et de son riche patrimoine de rues, de places et de squares qui, par leur dénomination, mettent à l’honneur ses enfants les plus illustres.

Avec ce square Charlotte Bazaille, nous poursuivons cette tradition tout en contribuant au devoir de mémoire envers celles et ceux qui ont fait acte de résistance et qui ont combattu pour la France.

Hier comme aujourd’hui, Givors est une ville multiple et mosaïque.

Une ville que l’on aime, car c’est une ville qui a une âme et une identité.

Tout cela, nous le devons à celles et ceux qui, comme Charlotte Bazaille, nous ont précédé.

Merci donc à la famille Bazaille d’avoir accepté de permettre l’utilisation de son nom.

Discours de Jacques Bazaille, fils de Charlotte Bazaille :

    Monsieur le Maire,

Nous sommes très sensibles à l’attention que vous avez eue de donner le nom de notre mère à un lieu de votre ville.

Photo_047.jpgMais non content de le faire, vous avez choisi un emplacement à quelques « encablures » du lieu où elle a vécu plus de 40 ans… et c’est à dessein que j’ai utilisé le terme « d’encablures », puisque c’est son passage dans la Marine Nationale qui est la cause première de votre décision… ce qui n’est pas le moindre des paradoxes pour quelqu’un… Qui adorait la montagne !

Et vous poussez l’intelligence à ce que le lieu choisi soit un square… et soit dit en passant, en consultant la liste des toponymies de GIVORS, j’ai vu que le seul autre square existant est celui du 8 mai 1945 ….

Une rue, une avenue, un boulevard, une place, on est obligé de l’emprunter… et on ne fait qu’y passer, en outre, cela fait du bruit… Un square… on y vient pour lui-même, cela évoque la tranquillité, le silence,  c’est accueillant, on peut s’y arrêter pour se ressourcer… et c’est tellement notre mère !

Il y avait des choses dont elle pensait qu’il était naturel qu’elle les fasse… et elle les faisait, sans se poser de questions et sans en faire étalage.

Avant d’aller au Maroc, elle avait répondu présente quand sa tante, atteinte de poliomyélite, et une des fondatrices de l’Association des Paralysés de France, avait eu besoin de bras pour des camps de vacances… Et quand on voit les photos des promenades faites par « les filles » de sa tante, avec les fauteuils roulants de l’époque sur les sommets du Jura… les bras avaient dû être mis à rude épreuve !

Son engagement durant la guerre était lui aussi naturel et il n’était nul besoin d’en faire état… Longtemps, les seules choses qu’elle nous en a dites étaient « le plongeon » de notre père dans la rade de Toulon le soir du réveillon ou l’une des dernières traversées qu’elle avait faite avant d’être démobilisée, où le hasard lui a fait rencontrer un compagnon de captivité de notre père.

Ce n’est que peu de temps avant sa mort, qu’elle m’avait confié, de manière indirecte, la fierté de son père pour son engagement.

Ensuite, pendant des années, en toute discrétion, elle a consacré de son temps à l’Association des Paralysés de France, à la visite de malades dans les hôpitaux, sans compter la liste des « paumés » que la vie avait mis sur son chemin à qui elle consacrait de son temps dans la durée.

Alors, même si elle n’a jamais recherché les honneurs, votre initiative s’inscrit quand même dans ce qu’elle était et ce qu’elle a voulu nous transmettre.

Il est bon que les jeunes générations sachent que, quand les circonstances font que « notre bon vieux pays » comme l’appelait avec tendresse le Général de Gaulle, a besoin d’eux, des gens ordinaires répondent présents et sont prêts à risquer leur vie pour quelque chose qui les dépasse.

    Ils laissent alors de côté leurs différences, sociales, politiques, religieuses, pour le bien commun… et là encore, le choix du lieu est heureux : le square débouchant sur la  rue Michel Alarcon, qui porte le nom d’un résistant mort pour la France.

Notre mère avait une forte personnalité, une foi profonde et un pragmatisme à toutes épreuves. Ma grand-mère m’avait raconté que dans la nuit du 7 au 8 novembre 1942, quand il y a eu le bombardement préalable au débarquement de Casablanca, tout le monde s’était réveillé, ma mère était venue voir, puis était retournée se coucher afin de pouvoir venir proposer son aide à l’hôpital au matin.

Mais il n’est nul besoin de circonstances exceptionnelles pour se mettre au service des autres et c’est le message de la vie de notre mère avant et après la guerre. Et tant que la France pourra compter sur la richesse de la multitude des bonnes volontés qui s’engagent à travers des associations ou des mandats d’élus locaux, il fera bon y vivre.

Et vous faites honneur à votre fonction en proposant de donner des noms tels que ceux de ma mère ou de Monsieur Catton à des lieux de votre ville en dehors de toute considération politicienne.

Monsieur le Maire, je terminerai par une confidence :

Notre mère était quelqu’un d’efficace, allant toujours à l’essentiel. Ses appels téléphoniques sont restés dans la mémoire de notre famille par leur brièveté. Quand elle appelait, c’est qu’elle avait quelque chose à dire, elle le disait…. et raccrochait.

Si elle m’avait téléphoné le week-end dernier quand je terminais d’écrire cette intervention, son appel n’aurait tenu que le temps de ces quelques mots « N’oublies pas de remercier le Maire ».

Alors, Monsieur le Maire, de la part de maman, « Merci »

Nouveau square Charlotte Bazaille : hommage à une Givordine patriote et humaniste

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

Imprimer la page