Une figure givordine mise à l’honneur

Une figure givordine mise à l’honneur

Après avoir inauguré, il y a quelques jours, le square Charlotte Bazaille qui honore l’engagement patriotique et humaniste de cette Givordine au cours de la Seconde Guerre mondiale et tout au long de sa vie, j’ai été très heureux d’inaugurer, ce samedi 30 novembre, la nouvelle allée Stéphane Catton en présence :

– des 3 enfants de Stéphane Catton : Bruno, Dominique et Elisabeth
– des 4 petits enfants et les 5 arrière petits-enfants de Stéphane Catton,
– des amis et proches de la famille Catton,
– des élus de Givors,
– des habitants et des riverains givordins.

Nous avons souhaité dénommer cette allée Stéphane Catton pour rendre hommage à ce chef d’entreprise givordin qui a beaucoup apporté à notre ville et à ses habitants à travers ses très nombreux engagements.

Merci à ses enfants Bruno, Dominique et Elisabeth d’avoir accepté la proposition de notre municipalité et d’être venus spécialement de Paris et de Genève pour assister à la cérémonie d’aujourd’hui.

Né à Givors le 9 janvier 1909, Stéphane Catton a grandi au sein de l’une des plus anciennes familles givordines, établie dans notre ville depuis la fin du 18ème siècle.

Cultivateurs avant la Révolution, puis tuiliers sous l’Empire, la famille Catton s’est spécialisée au début du 19ème siècle dans la production de briques avec la création de la briqueterie du Canal en 1827.

Une figure givordine mise à l’honneurAiné d’une fratrie de 3 enfants, Stéphane Catton perd son papa à l’âge de 11 ans et vit à Givors avec sa mère Jeanne, son frère Paul et sa sœur Marie-Thérèse.

Doué en mathématiques et en lettres, il obtient un baccalauréat « mathématiques et philosophie » et, marqué par la tradition familiale, s’oriente vers des études d’ingénieur.

A l’âge de 20 ans, il décroche le diplôme d’ingénieur de l’École centrale de Lyon, et entre dans l’entreprise familiale.

En parallèle, il continue ses études et obtient deux licences en sciences et une licence en droit, sans avoir mis un pied à la faculté de droit.

Son intelligence et ses qualités d’autodidacte marquent déjà tous ceux qui le fréquentent.

En 1936, alors qu’il est âgé de 25 ans, il reprend l’affaire familiale et devient président directeur général de la Briqueterie du Canal jusqu’en 1973.

La même année, il épouse Anne-Marie Pey, dont nous avons fêté les 100 ans il y a quelques mois, et de cette union naîtra 3 enfants :
– Bruno en 1939,
– Dominique en 1943,
– et Elisabeth en 1948.

En 1939, avec l’entrée en Guerre de la France, Stéphane est mobilisé et devient lieutenant au sein de la défense anti aérienne, avant d’être démobilisé en 1940.

Son frère Paul sera, quant à lui, prisonnier de guerre durant quatre longues années.

Photo_026.jpgDès son retour à Givors, Stéphane assume son importante responsabilité de chef d’entreprise qui compte une trentaine de salariés.

En 37 ans, ce capitaine d’industrie de Givors fera de la Briqueterie du Canal un fleuron du secteur en Europe et développera des filières notamment avec les verreries de l’époque implantées à Givors.

Après la Libération, Stéphane Catton participe, « au titre de vieux givordin » comme il le disait, à une liste d’union dirigée par Mathieu Pinat pour les élections municipales de 1947.

Il siègera tout au long de son mandat au sein de la commission des finances et des travaux publics, où il participe à la création du syndicat intercommunal d’électrification du Rhône en 1950 (Syder).

Successivement, il deviendra membre du bureau, vice-président, puis président de ce syndicat important dans le sud du département tout au long de son engagement à Givors, soit près de 40 ans !

Je tiens d’ailleurs à remercier Paul Vidal, président du Syder, pour sa présence aujourd’hui afin de saluer les décennies de dévouement de Stéphane Catton au sein de cette structure.

Une figure givordine mise à l’honneurStéphane continue d’être élu jusqu’en 1959 et, bien que n’étant pas de la même obédience politique, il entretient de très bonnes relations avec le maire de l’époque, Camille Vallin, qui lui confie de nombreuses responsabilités.

Sur une terre ouvrière et rouge comme Givors, ce travail en commun entre un patron d’entreprise et un maire communiste n’allait pas de soi.

Je tiens à saluer aujourd’hui le sens de l’intérêt général et le souci des autres qui caractérisaient Camille Vallin et Stéphane Catton, transcendant ainsi les intérêts particuliers et les logiques partisanes.

Enfant de Givors, Stéphane Catton a fait preuve, dans ses multiples engagements et bénévolats au service du territoire et de la population givordine, de grandes qualités humaines d’ouverture et de dialogue que lui reconnaissent toutes celles et ceux qui ont travaillé à ses côtés.

Comme il le disait : « Je pense finalement qu’un des moteurs essentiels de ce comportement aura été le désir de servir ma petite patrie givordine et ceux qui y vivent ».

Et son riche parcours et ses importantes responsabilités professionnelles en attestent à plus titre, notamment :

– en tant que vice-président du syndicat national de fabricants de produits réfractaires,

– en tant que président des industries céramique du sud est,

– mais également en tant que président du conseil des Prud’hommes de Givors et par son engagement durant 44 ans, pour lequel il a été décoré de la Légion d’honneur par le ministère du Travail et de la participation.

Une figure givordine mise à l’honneurCet  investissement sans relâche et de haut niveau pour le développement économique et social de sa ville n’avait d’égal que son engagement désintéressé dans le tissu associatif givordin.

Passionné de peinture, qu’il pratique à ses rares heures perdues, il est cofondateur de l’association des Amis des arts, en 1955, et du salon annuel de peinture qu’il préside durant de longues années.

Pianiste autodidacte, il s’implique beaucoup dans la société philarmonique de Givors et prend grand plaisir à jouer de l’orgue dans l’église Notre Dame de Givors lors de cérémonies.

Stéphane Catton avait une très riche personnalité et était passionné par tout ce qui concernait l’être humain.

– Chef d’entreprise de grande envergure,

– conseiller municipal pleinement engagé,

– amoureux des arts et de sa ville,

il aura consacré sa vie à développer et promouvoir le territoire givordin, à servir l’intérêt général en tant qu’élu local, et à s’impliquer dans le riche tissu associatif de notre ville.

– A l’heure où certaines dérives inquiétantes de notre société poussent à l’égoïsme, au repli sur soi, et au rejet de l’autre,

– A l’heure où se multiplient certains actes et propos insupportables et inacceptables d’extrémistes et de fanatiques qui mettent en cause les valeurs fondatrices du pacte républicain et de notre démocratie,

l’exemple de Stéphane Catton montre que le désir d’entreprendre, l’altruisme, et l’intérêt porté aux expériences qui éduquent et qui élèvent l’âme humaine sont plus que jamais d’actualité.

Stéphane est un une figure de notre ville mais également un exemple pour les générations futures à l’image de Givors qui est une ville de travail, une ville mosaïque, une ville de talents, qui a une âme et une identité pétrie de valeurs humanistes.

Et c’est à des hommes comme Stéphane Catton que nous le devons.

Merci donc aux enfants de Stéphane Catton et à la famille Catton d’avoir accepté de permettre l’utilisation de son nom, qui entre désormais dans l’histoire de Givors et dans son riche patrimoine de rues, de places et de squares qui, par leur dénomination, mettent à l’honneur ses enfants les plus illustres.

Retrouvez le discours du Bruno Catton ci-dessous :

Une figure givordine mise à l’honneur » Monsieur le maire, mesdames messieurs les conseillers municipaux, mesdames et messieurs les représentants d’associations, chers amis.

C’est en tant que fils aîné de Stéphane Catton que je m’adresse à vous en cette circonstance très officielle mais aussi très émouvante.

C’est  au nom de toute notre famille et plus particulièrement de mon frère Dominique, de ma sœur Élisabeth, de ceux de nos enfants qui ont pu venir et surtout de notre mère, jeune centenaire, que je m’exprime devant vous. Elle a suivi de très près l’organisation de cette cérémonie. Elle est  parmi nous  par la pensée. Elle  attend avec impatience notre compte rendu.

Elle est  la dernière représentante de notre famille vivant à Givors, mais je puis vous assurer monsieur le maire que mon frère, ma sœur et moi-même sommes de vrais Givordins de cœur.

Nous avons passé notre enfance dans la maison familiale qui jouxtait la briqueterie, route de Rive de Gier, nous sommes allés à  l’école primaire rue joseph Faure.

Certes nous avons quitté Givors à l’âge adulte et nous vivons aujourd’hui à Paris et à Genève, mais nous restons très attentifs à l’évolution de notre ville natale où nous nous relayons auprès de notre mère un week-end sur deux depuis plus de dix ans.

Nous sommes les témoins de la mutation économique difficile mais  bien engagée de notre ville, nous sommes les témoins de sa modernisation et de son embellissement.

Nous avons donc été particulièrement touchés et fiers d’apprendre que le conseil municipal – sur votre proposition monsieur le maire –  avait décidé de donner le nom de Stéphane Catton à cette allée au cœur de Givors.

C’est un choix qui nous touche parce qu’il est en adéquation avec la personnalité de notre père. 

Cette allée est une création. Elle  symbolise  une ville qui bouge. Elle va contribuer à faciliter la vie des parents d’une des écoles de Givors dont notre père s’est discrètement mais efficacement occupé toute sa vie.

Nous  sommes infiniment reconnaissants, monsieur le maire, à votre conseil municipal d’avoir ainsi reconnu  la qualité des services rendus par notre père à sa ville. Nous vous en remercions du fond du cœur.

Nous nous sommes partagés la tâche. Je vais parler de l’homme et de l’industriel vous allez parler du citoyen engagé.

Notre père Stéphane a vécu 94 ans à Givors.

Né en 1909, rue Jean Ligonet, il est mort en 2003 à Montgelas.

Il était le dernier maillon d’une famille vivant à Givors depuis plus de deux siècles.

J’ai recherché dans les archives -fort bien tenues- de l’état civil et j’ai le certificat de naissance de François Catton, le 9 brumaire de l’an X de la première République. Il est le  fils de Jean-Claude Catton, né à Saint jean de Toulas et… »cultivateur à Givors ».

J’ai aussi le certificat de naissance de celle qui sera vingt ans plus tard sa femme. Elle s’appelle Claudine Diasko. Son père était « tuilier au Canal  » et nous savons qu’il était  né… en Pologne en 1773.

Il y a donc fort longtemps que Givors est une ville d’immigration et que les Catton travaillent l’argile le long du canal et de la bien nommée rue des Tuileries, qui existe toujours.

Deux siècles plus tard, encore enfant,  papa a la douleur de perdre son père .

A 11 ans il devient chef de famille. C’est en tout cas la mission dont il se sent investi dès l’adolescence auprès de notre grand mère Jeanne, de son frère Paul et de sa sœur Marie-Thérèse.

Cela va conditionner sa vie et lui laisser quelques regrets . Il nous a souvent confié que s’il ne s’était pas considéré en charge de sa famille, il aurait aimé faire une carrière de chef d’orchestre. Il était très doué pour  la musique mais son père lui refusa des cours de piano considérant que c’était du temps perdu. Ce n’est que pendant ses études supérieures qu’il se mit au piano puis à l’orgue, en amateur éclairé, jouant tous les dimanches de l’orgue à Notre Dame et obtenant le classement de l’orgue de Saint Nicolas. 

A partir du moment où il a fait le choix de rester auprès de sa famille à Givors, la vie de papa est une ligne droite.

Une vie de rigueur sans compromission mais aussi celle d’un humaniste épris de justice sociale, d’un amoureux des arts et des civilisations qui alimentait son goût du voyage, d’un chrétien ouvert au dialogue social et au respect de chacun, quelle que soit son origine ou sa religion, d’un amoureux des plaisirs de la vie et du partage entre amis. 

Très doué en mathématiques et pour toutes les matières scientifiques, il opta pour des études d’ingénieur. Il aurait sans difficulté pu intégrer les grandes écoles  parisiennes, mais pour rester près de sa famille il fit Centrale de Lyon en même temps qu’une licence de droit.

A la fin de ses études et de son service militaire, avec le grade de lieutenant, il rejoignit en 1932 la briqueterie familiale créée en 1827.

Elle  traversait alors une période difficile. Une grande partie du capital avait du être vendue à  un de ses clients : la verrerie Souchon Neuvesel.

Il n’eut de cesse dans un premier temps de  sauver l’entreprise, puis d’en faire un des fleurons de cette  industrie en Europe en y introduisant les techniques de production  les plus avancées. Certaines mises au point par lui même pendant la guerre, d’autres acquises aux États-Unis à la fin des années cinquante. 

Toutes les grandes verreries européennes s’approvisionnaient à la Briqueterie du canal pour les pièces les plus sophistiquées. C’était encore le cas lorsqu’il prit sa retraite. Sa très grande compétence était reconnue dans les instances professionnelles des industries céramiques dont il fut le président pour le sud-est et le vice président au niveau national.

C’est en 1936 que par l’intermédiaire d’amis des deux familles il fit la connaissance et épousa notre mère Anne-Marie qui vivait avec ses parents, petits industriels du tissage dans le Dauphiné à Chimilin.

Notre mère a partagé avec enthousiasme tous les goûts et sans réserve tous les engagements de notre père.

C’était un couple au sens le plus simple et le plus fort du mot. Ils étaient exemplaires et vous avez pu constater, monsieur le maire, en lui rendant visite pour ses 100 ans combien notre mère restait une citoyenne concernée par la vie de sa ville et de son pays. 

La compétence professionnelle de notre père n’a eu d’égal que  son dévouement désintéressé mais toujours marqué du sceau de l’efficacité  au service de la cité. Quand il s’engageait, quel que soit le domaine, c’était pour obtenir des résultats. Il n’a jamais rien fait en dilettante. La rigueur et le sérieux  étaient  sa marque.
Monsieur Vidal au nom du SYDER et monsieur le maire vont évoquer après moi la vie de notre père au cœur de la cité. Il a été 13 ans au Conseil municipal, 43 ans aux Prud’hommes, 30 ans aux Amis des arts, 39 ans au Syndicat d’électrification du Rhône.

C’était sa vie. J’ajouterai une anecdote qui ne figure dans aucun de ses C.V : iI a même été candidat  au Conseil général. C’était à contrecœur, pour faire son devoir de démocrate.
Il a été battu par Camille Vallin. Cela n’enleva rien à l’estime que celui-ci avait pour notre père et dont il tint à nous porter témoignage  lors de ses obsèques.

J’arrive au terme de mon propos. Mes derniers mots, monsieur le maire, seront pour vous dire à nouveau merci du fond du cœur pour la manière dont votre conseil a décidé d’honorer le nom de notre père. Merci. »

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