Mieux comprendre la réalité givordine pour être plus efficace

Mieux comprendre la réalité givordine pour être plus efficaceEn lien avec le Docteur Bernard Joli, psychiatre, médecin chef de pôle à l’Hôpital St-Jean-de-Dieu de Lyon et responsable du secteur psychiatrique de Givors, j’ai eu le plaisir d’organiser une matinée de réflexion qui a permis de rassembler plus de 80 acteurs et professionnels du champ social, de la santé, de la sécurité, de la justice, du logement social et de l’éducation du territoire, jeudi 30 Janvier à la Maison du Fleuve Rhône, sur le thème : « Population Givordine : confiance en soi, respect de soi et estime de soi » ; afin de mieux comprendre la réalité de la population givordine pour mieux agir et être plus efficace dans les réponses apportées aux personnes.

Nous avons, en effet, à Givors le plus vieux Conseil Local de Santé Mentale de France qui continue de réunir les acteurs médicaux, sociaux, éducatifs, de la Police, de la Justice, de l’Enseignement, pour travailler en groupe sur des sujets qui les concernent par les populations qu’ils ont en charge et de leurs difficultés.

Ces professionnels avaient mené en commun des recherches et des actions sur la précarité et la santé des populations de Givors en confrontant les représentations que s’en font les acteurs médico-sociaux à celles de la population vulnérable. De cette enquête était sortie la notion : « de ces petits riens qui nous écrasent ». Il s’agissait de blessures infligées à ces personnes vulnérables et qui échappaient à la vigilance des intervenants.

Merci à Alice Le Goff, maître de conférences en philosophie sociale, qui, à partir de la réalité givordine, nous a fait partager la philosophie d’Axel Honneth, disciple de l’école de Francfort, dont les concepts de sphères privées, juridiques et culturelles propres à permettre ou non la confiance en soi, le respect de soi et l’estime de soi semblent pouvoir être partagés par les diverses institutions du Conseil Local de Santé Mentale.

Merci à tous les acteurs et professionnels présents pour leur investissement et la qualité de leur travail au quotidien au service des personnes vulnérables de notre territoire.

Veuillez trouver ci-dessous mon intervention :


Mesdames, Messieurs,

Merci d’être là aussi nombreux.

•    Avec le docteur Bernard Joli, psychiatre, médecin, responsable du CMP de Givors,
•    les différents professionnels participants,
•    les élus de la municipalité
•    et l’Atelier santé ville de Givors,

nous sommes très heureux de vous accueillir à cette matinée de réflexion sur « la population givordine : « confiance en soi, respect de soi et estime de soi ».

Mieux comprendre la réalité givordine pour être plus efficacePourquoi cette thématique ? Eh bien nous sommes partis d’un constat qui nous interpelle collectivement :

•    Je pense bien évidemment à vous toutes et tous qui au sein de vos structures respectives, êtes confrontés aux difficultés et à la souffrance psycho-sociale  de certaines populations.

•    Je pense également aux élus, mais aussi aux personnels des services publics, qui dans leur activité quotidienne, et dans leurs permanences, rencontrent la souffrance réelle de celles et ceux qui vivent des situations d’exclusion, de précarité, d’inégalité et de violence.

Vous êtes bien placés pour le savoir, la souffrance de la population a de multiples visages, physique, psychologique ou social.

Elle est parfois agressive, visible dans l’espace public, déstabilisatrice non seulement pour la personne qui souffre mais pour l’entourage, mais plus souvent qu’on ne le pense, certaines formes de souffrance sont cachées, refoulées, ignorées, exclues.

Et cette souffrance peut se traduire ou conduire non seulement à une perte de confiance en soi et à un repli sur soi préoccupants, mais aussi à des formes beaucoup plus graves et dramatiques de désintégration de la personnalité.

Dans nos permanences d’élus, nous faisons face le plus souvent à un cortège de personnes en détresse venant exprimer leurs angoisses et leurs souffrances devant

•    le manque de ressources,
•    un emploi derrière lequel on court sans succès,
•    des situations familiales difficiles,
•    un logement que l’on ne peut obtenir,
•    une réponse administrative qui n’arrive pas,
•    un voisinage dérangeant, etc.

Il est important qu’à l’exemple du conseil local de santé mentale de Givors, les réseaux partenariaux existant dans les territoires et associant les professionnels de santé et les différents acteurs de l’action publique puissent

•    partager leur expérience,
•    contribuer à un dépistage et à une prise en charge de ces difficultés,
•    et travailler à une compréhension partagée des différents ressorts de cette question pour pouvoir ensuite mieux agir et apporter les réponses les plus adaptées aux personnes.

La population givordine marquée en partie par son passé ouvrier et son présent fait de précarité
Le territoire givordin est en pleine transformation mais il reste marqué par d’importantes blessures et inégalités, et sa population reste l’une des plus modestes financièrement du département.

Une riche histoire et un présent marqués par :

•    le traumatisme de la désindustrialisation, avec des fermetures qui ont provoqué une onde de choc dans toute la ville : Il n’y a pas une famille givordine qui n’a eu un père, un frère, un cousin ayant travaillé, ou travaillant dans une de ces entreprises
•    les vagues successives d’immigration et les difficultés engendrées par le déracinement et la difficulté à s’intégrer,
•    la crise économique, sociale et urbaine qui frappe les territoires et notre pays.

De graves conséquences sociales et une réalité difficile :

•    Un taux de chômage élevé (17% en 2013), notamment dans certains quartiers dits sensibles.
•    Un nombre très élevé de personnes qui touchent l’APL ou sont inscrits au RSA.
•    Un revenu net moyen par ménage et par an très en dessous des moyennes départementales et nationales, qui fait que la population givordine reste l’une des plus modestes financièrement du département.

Évidemment, dans une société en crise marquée par la raréfaction de l’argent public, la lutte contre ces difficultés pose pleinement la question des moyens mis en œuvre pour faire face à ce défi.

Il est malheureusement évident que plus d’une décennie de révision générale des politiques publiques, et de démantèlement de services publics, ont généré de nombreuses difficultés pour la population.

A cela s’ajoute le recul des résistances collectives et le déchirement du tissu social, la perte de repère, l’individualisme et le repli sur soi, la recherche permanente de boucs-émissaires, la crise de la politique et de la citoyenneté, la violence de la société dans tous les domaines.

Ainsi le manque de reconnaissance, l’exclusion, la répétition des échecs, un fort sentiment d’injustice, de ras-le-bol, voire de désespérance : comment ne pas souffrir quand on sait que l’on ne sera ni reconnu ni entendu ?

Ce contexte social engendre un mal vivre et un sentiment d’insécurité bien souvent destructeurs, avec certaines traductions des souffrances psychiques : dépendance à l’alcool et à la drogue, et l’agressivité contre les autres et contre soi étant les plus courantes.

On constate également des maux particuliers pour certaines communautés qui se sentent exclues voire stigmatisées.

Dans ces conditions, comment bien prendre en compte et bien traiter les difficultés et la souffrance des gens

•    quand les services publics et notamment de santé publique subissent depuis des années des restrictions budgétaires drastiques,
•    et quand les collectivités locales et les organismes sociaux ont de moins en moins de moyens pour remplir leur mission, alors que de plus en plus souvent la mairie, l’élu local ou l’association caritative sont le dernier recours ?

La fierté, le respect de l’autre et l’estime de soi ont besoin de moyens, de bonnes conditions de vie et de reconnaissance véritable.

A Givors, les Givordins tiraient leur fierté individuelle et collective essentiellement de leur travail et de leur savoir-faire.

Ils ont ensuite transféré en grande partie cette fierté dans le sport, grâce à des traditions fortes mais aussi grâce à une politique municipale soucieuse de social, d’égalité et de solidarité.

Mais cet environnement est percuté et déstabilisé par la crise, les réductions budgétaires et les dérives dangereuses qui traversent notre société.

En permanence les élus et les différents intervenants sociaux ou médicaux, qui s’efforcent de travailler avec des populations fragilisées, doivent faire face à une montée des souffrances humaines.

Malgré les progrès réalisés, le plus souvent grâce au volontarisme de quelques professionnels, on a toutes et tous en mémoire des témoignages de personnes qui se plaignent de l’absence d’écoute, du manque d’information, de la non reconnaissance de leur souffrance, voire de leur désarroi face aux difficultés vécues.

Nous avons à Givors le plus vieux Conseil Local de Santé Mentale de France et dans ce cadre avaient été menées des recherches et des actions sur la précarité et la santé des populations de Givors en confrontant les représentations que s’en font les acteurs médico-sociaux à celles de la population vulnérable.

II nous a semblé important qu’en dehors des biennales du CLSM, – plus institutionnelles et plus ciblées -, un temps de réflexion soit mis en place avec les différents acteurs afin de mieux comprendre la réalité de la population givordine pour mieux la prendre en compte et être ensemble plus efficaces dans les réponses apportées aux personnes.

Merci à Alice Le Goff d’avoir accepté de venir animer cette matinée de réflexion et de nous aider à partager une approche commune à la lumière de la philosophie d’Axel Honneth, dont justement – si j’ai bien compris- les concepts de sphères privées, juridiques et culturelles propres à permettre ou non la confiance en soi, le respect de soi et l’estime de soi semblent pouvoir être partagés par les divers acteurs de notre territoire.

Entendre la souffrance des personnes, la prendre en compte, permet de s’impliquer dans une démarche d’empathie active qui peut les aider à se reconstruire et à restaurer, en eux, précisément, confiance en soi, respect de soi et estime de soi.

Merci à tous les acteurs du territoire pour votre dévouement et la qualité de votre travail au quotidien pour replacer l’Humain au centre de toutes nos préoccupations et pratiques.

J’espère que notre réflexion aujourd’hui nous aidera à mieux relever ce défi permanent.

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