70ème anniversaire de la cérémonie en hommage au groupe Manouchian

70ème anniversaire de la cérémonie en hommage au groupe Manouchian

Vendredi 21 février, j’ai eu le plaisir de participer au 70ème anniversaire de la cérémonie en hommage au groupe Manouchian, en présence d’une assistance nombreuse dont :

– Paul Vallon, Président de l’ANACR,

– Yves Pron, président de l’UFAC de Givors,

– Luc Tchoulfian, Président de la communauté arménienne de Chasse-sur-Rhône/Givors,

– les élus de Givors,

– et de nombreux écoliers de la ville venus participer à ce 70ème anniversaire. Voir ci-dessous (très prochainement) leur magnifique interprétation de la Marseillaise.

Retrouvez ci-dessous mon intervention :

Mesdames, messieurs, cher(e)s ami(e)s,

Il y a 70 ans, jour pour jour, le 21 février 1944, au Mont-Valérien, les membres du Groupe Manouchian, tous d’héroïques résistants tombent sous les balles d’un peloton d’exécution allemand.

Quelques jours plus tôt, le 15 février 1944, 70 résistants et opposants à l’occupant furent fusillés lors de la première exécution massive au Mont-Valérien.

La barbarie nazie aura ainsi fait plus de 1 000 victimes au Mont Valérien entre 1941 et 1944.

70ème anniversaire de la cérémonie en hommage au groupe ManouchianOlga Bancic, juive d’origine Roumaine, seule femme du groupe Manouchian, sera quant à elle décapitée à la hache le 10 mai à Stuttgart, le jour de son 32ème anniversaire.

Malheureusement, 70 ans après, les guerres frappent encore, tuant des millions d’êtres humains, montrant aussi que les Hommes ne semblent jamais retenir les leçons de l’histoire.

Il n’est donc pas inutile de dire et de redire qu’il y a 70 ans, des hommes et femmes issus de nationalités et de confessions différentes se sont battus pour la France et pour un idéal de liberté.

Qu’ils soient

– catholiques, juifs, musulmans ou athés,

– communistes, socialistes, gaullistes, ou républicains,

tous étaient unis et avaient fait de leur différence le ciment de leur combat contre le fascisme et le nazisme.

Aujourd’hui encore plus qu’hier, il est important de se souvenir que ce sont des françaises et des français mais aussi des arméniens comme Manouchian, des français comme Jean Moulin, des roumains, des espagnols comme Alfonso, des italiens comme Fontanot, et plus largement des maghrébins et des africains qui ont donné leur vie pour notre patrie et qui ont donné sens aux devises républicaines inscrites au fronton de nos mairies :

● la liberté face à l’occupation et au fascisme,

● l’égalité face à la discrimination, au racisme et à l’antisémitisme,

● la fraternité et la solidarité face à la division et au communautarisme.

Important de se souvenir qu’aux côtés de cette résistance plurielle, il y avait les armées alliées composées d’américains, de soviétiques, de canadiens et d’anglais.

L’exemple de ces hommes et femmes, venus de culture et d’horizons divers, unis autour d’un idéal de paix, de justice et de liberté, a contribué à construire notre pays sur la richesse de toutes les diversités.

L’histoire personnelle de Missak Manouchian, poète et militant, est à ce propos exemplaire à plus d’un titre.

Né le 1er septembre 1906 dans un village de Turquie dans une famille de paysans, Missak Manouchian échappe de justesse au génocide arménien et devient orphelin.

Comme des centaines d’enfants arméniens, il est d’abord hébergé par une famille kurde, puis recueilli par une institution chrétienne.

Comme trois millions de travailleurs immigrés qui rejoignirent la France dans les années 20, Missak et son jeune frère arrivent en France, symbole pour eux d’une terre d’accueil et de liberté.

Lors de la déroute française de 1940 et pendant l’occupation du pays, cet immigré arménien choisit le camp de la Résistance.

En 1943, il est affecté dans les Francs Tireurs Partisans de la M.O.I, une organisation créé par le parti communiste français et dont il prend la direction militaire pendant que d’autres, à Vichy, choisissent de se compromettre dans la collaboration.

Comme le décrit Arsène Tchakarian, compagnon de la première heure de Missak et dernier survivant du groupe Manouchian, dans son dernier ouvrage « les Commandos de l’Affiche rouge » :

« Durant des mois, les membres du groupe Manouchian, tous déterminés à combattre pour libérer la France, n’ont cessé d’harceler et de déstabiliser l’occupant nazi, dans la clandestinité et au péril de leur vie ».

Les membres du groupe firent preuve de tant d’efficacité qu’Hitler demanda personnellement que « ces terroristes juifs et étrangers soient mis hors d’état de nuire ».

C’est ainsi que le 16 novembre 1943 à Evry, les Brigades Spéciales de la police française, qui s’étaient mises aux ordres de la Gestapo, procédèrent à leur arrestation.

70ème anniversaire de la cérémonie en hommage au groupe ManouchianTorturés trois mois durant, les résistants sont condamnés à mort au terme d’une parodie de procès.

Le jour même de la sentence, ils seront exécutés

La tristement célèbre Affiche Rouge, placardée par les nazis et intitulée « l’armée du crime », deviendra l’emblème du martyr du groupe Manouchian, mais aussi le symbole d’une France qui refusait de s’agenouiller à l’exemple de tous ces doigts qui discrètement inscrivaient « Morts pour la France » alors que des mains anonymes déposaient des fleurs au bas des affiches.

———————————–

Mesdames, messieurs, cher(e)s ami(e)s,

Dans sa lettre à son épouse Mélinée, écrite le 21 février 1944, quelques heures avant qu’il ne soit fusillé, Missak Manouchian écrivait :

« Je m’étais engagé dans l’armée de la Libération en soldat volontaire et je meurs à deux doigts de la victoire et de mon but.

Bonheur à ceux qui vont nous survivre et goutter la douceur de la liberté et de la Paix de demain.

J’en suis sûr que le peuple français et tous les combattants de la Liberté sauront honorer notre mémoire dignement ».

Cultiver le souvenir de ces Français d’adoption et honorer leur mémoire dignement, c’est ce que nous faisons chaque année au square Sarkis Tchoulfian,

● c’est bien sûr rendre hommage à ce groupe de héros morts pour défendre les valeurs de la France,

● c’est aussi œuvrer pour la paix dans le monde et pour l’union de toutes les communautés,

● c’est enfin transmettre cette mémoire aux jeunes générations afin que les idéaux et le dévouement des 23 membres du groupe Manouchian, soient sources d’exemple et d’inspiration pour nos jeunes, dans un monde individualiste qui a bien besoin de solidarité.

70 ans plus tard, dans le flot d’une actualité toujours plus dramatique, le sacrifice du groupe Manouchian nous rappelle également combien nous devons rester vigilent face à toutes les haines et à tous les extrémismes, face à toutes les tentatives de division et d’exclusion.

L’invraisemblable et odieux meurtre d’un artiste par le parti d’extrême droite « l’Aube dorée », la multiplication des actes racistes, la montée des fanatismes, la mise en cause de la laïcité et la montée de l’extrême droite n’en sont que les aspects visibles.

Nous voyons bien que le devoir de mémoire ne se résume pas seulement à rendre justice aux différentes victimes.

Le devoir de mémoire c’est également savoir s’opposer à toutes les atteintes aux libertés et à toutes les discriminations au moment où elles se passent.

Un devoir de mémoire qui doit faire partie des actes quotidiens que nous devons mener collectivement et individuellement afin de promouvoir la tolérance, et le respect de l’autre, l’amitié entre les peuples et les cultures, et bien évidemment nos valeurs républicaines de Liberté, d’Egalité, de Fraternité et bien sûr de Solidarité.

70ème anniversaire de la cérémonie en hommage au groupe Manouchian

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

Imprimer la page