Tragédies du 17 octobre 1961 : Refuser l’oubli et combattre toutes les haines

Comme chaque année, j’ai paTragédies du 17 octobre 1961 : Refuser l'oubli et combattre toutes les hainesrticipé ce soir à la commémoration du 53ème anniversaire des massacres du 17 octobre 1961, sur invitation d’Abdesselem Bouras, président de l’APCA, en présence d’élus de la majorité municipale, des membres de l’association et de la population givordine. Mais cette année, encore plus que les années précédentes, cette commémoration prend une signification toute particulière.

Replacée dans le contexte actuel de montée alarmante des guerres, des fanatismes et des extrémismes de toutes sortes qui menacent notre monde, nos sociétés et les populations, à l’exemple malheureusement d’Hervé Gourdel sauvagement assassiné par des terroristes, cette cérémonie réaffirme la nécessité

• d’un devoir de mémoire non pas sélectif mais respectueux de toutes les mémoires,

• d’un devoir de mémoire non pas aseptisé mais porteur d’une volonté forte de faire connaître les drames historiques afin qu’ils ne puissent se reproduire.

Il y a 53 ans, jour pour jour, plus de 30 000 travailleurs habitant Paris et sa banlieue manifestaient pacifiquement avec leurs familles.

Tragédies du 17 octobre 1961 : Refuser l'oubli et combattre toutes les haines
Ils protestaient contre un couvre-feu discriminatoire que venait de décréter le Préfet de police de Paris, à l’encontre de ceux qui étaient appelés à l’époque les « Français musulmans d’Algérie », et ils demandaient la paix et la liberté.

Ils furent sauvagement réprimés, 14 000 personnes arrêtées, parquées dans des stades transformés en centre de détention dans des conditions inhumaines.
Dans les heures qui suivent, plus de 200 manifestants sont frappés à mort, tués par balles et noyés dans la Seine.

Tragédies du 17 octobre 1961 : Refuser l'oubli et combattre toutes les hainesDevant l’horreur et le choc, la condamnation et la solidarité s’exprimèrent immédiatement :
● Dès le lendemain, des élus communistes, qui protestaient contre ce massacre, furent interpellés à l’Hôtel de ville de Paris et au Parlement.
● L’article de l’Humanité condamnant cette sanglante répression fut censuré.
● Dans les banlieues ouvrières la solidarité s’organisa, les syndicats se mobilisèrent pour que les emprisonnés ne soient pas licenciés.
● Et plusieurs parlementaires de gauche demandèrent une commission d’enquête.
Comme bien trop souvent dans l’Histoire, la France eut deux visages,
- celui, honteux, de la répression et de l’oppression,
- et heureusement le visage de la solidarité, de la justice et du refus de l’inacceptable.
Le massacre du 17 octobre 1961 fut dirigé par Maurice Papon, Préfet de police.
Ce sinistre personnage avait été
•responsable des questions juives à la préfecture de Bordeaux pendant l’occupation et avait participé à la déportation de juifs, ce qui lui valut une condamnation à 10 ans de prison pour complicité de crime contre l’humanité.
•Nommé dans les années 50 Préfet de Constantine, il terrorisa les populations.
•C’est encore lui qui organisa la répression sanglante de la manifestation du 18 février 1962 au métro Charonne, qui fit des centaines de blessés, et 9 morts dont 8 communistes, sans être jamais inquiété pour ses responsabilités dans ces massacres.
Et tandis que ces pages noires de l’histoire s’écrivaient en France, d’autres s’écrivaient en Algérie où des centaines de milliers de jeunes Français du contingent, contraints d’abandonner leur foyer, leurs études ou leur travail, étaient envoyés se faire tuer une guerre désastreuse et dramatique.
Tragédies du 17 octobre 1961 : Refuser l'oubli et combattre toutes les hainesAujourd’hui où en est-on plus de 50 ans après de la reconnaissance du 17 octobre 1961 et d’autres tragédies qui furent l’objet de dissimulation et de dénis?
► Il fallut attendre 1999 pour que l’Assemblée nationale, suivie par le Sénat, reconnaisse enfin officiellement la guerre d’Algérie.
► Il a fallu encore attendre le 21 mai 2001, et la loi mémorielle de la députée Taubira, pour que soit reconnus officiellement comme crime contre l’humanité l’esclavage et la traite négrière.
► Il a également fallu attendre le 27 février 2005 pour qu’Hubert Colin de Verdière, ambassadeur de France à Alger, qualifie, lors d’une visite à Sétif, les massacres du 8 mai 1945 à Sétif, Guelma et Kherrata de « tragédie inexcusable ».
► Et enfin, il aura fallu attendre le 6 décembre 2012 pour que le cessez le feu du 19 mars 1962, mettant fin à la guerre d’Algérie, soit officiellement reconnu par la nation française.
La ville de Givors et ses municipalités successives ont toujours oeuvré pour le devoir de mémoire et le droit à chacune et chacun d’avoir la pleine connaissance de l’histoire pour pouvoir se faire une opinion.
● C’est la raison pour laquelle à Givors, ville de mémoire, il existe une plaque commémorant les martyrs de Charonne.
● C’est la raison pour laquelle à Givors, ville de résistance, il existe une esplanade de la Résistance et de la Déportation et une stèle en mémoire du groupe Manouchian, pour commémorer le souvenir de toutes celles et ceux qui ont donné leur vie pour notre pays.
● C’est la raison pour laquelle à Givors, ville de paix qui refuse l’oubli et la haine, il existe un square du 19 mars 1962 avec les noms de ses 3 enfants morts en Algérie.
● C’est la raison pour laquelle à Givors, ville de fraternité, il existe un square du 17 octobre 1961, le premier à avoir été inauguré hors Paris, afin de rendre hommage aux victimes de ce drame.
Tragédies du 17 octobre 1961 : Refuser l'oubli et combattre toutes les hainesUn square qui a été la cible de dégradations à caractère raciste, commises également sur d’autres bâtiments, lieux publics et des locaux politiques à Givors, et pour lequel nous avons décidé d’apposer une nouvelle plaque afin
•de réaffirmer nos valeurs républicaines,
•mais aussi notre identité givordine faite de générosité et de volonté de s’enrichir de toutes les différences.
Alors qu’aujourd’hui, dans un contexte étouffant et dangereux de crise
•où les mêmes mensonges servent à diviser les Français,
•et où les mêmes artifices stigmatisent les opinions, les croyances ou les origines,
il nous faut plus que jamais refuser l’inacceptable, la violence, le racisme et l’injustice,
il nous faut plus que jamais défendre nos valeurs républicaines, faire vivre la citoyenneté, le rassemblement et le vivre ensemble.
Le devoir de mémoire, ce n’est pas seulement rendre justice aux victimes, c’est en permanence savoir s’opposer à toutes les atteintes aux libertés et aux discriminations, au moment où elles se passent et en solidarité à toutes les victimes.
Les plus belles valeurs sont sans aucun éclat si elles ne sont pas suivies d’actes concrets.
Passer du propos aux actes n’est pas toujours simple, mais c’est pourtant indispensable pour faire évoluer les mentalités, faire bouger les choses et démentir toutes les fatalités.
Passer du propos aux actes n’est pas toujours facile, mais c’est pourtant le seul chemin pour promouvoir individuellement et collectivement le respect de l’autre et l’amitié entre les peuples et les cultures.

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