Centenaire de la Première Guerre mondiale : « Plus jamais ça »

Centenaire de la Première Guerre mondiale : "Plus jamais ça"Avec les élus, les Givordines et les Givordins présents, nous avons commémoré, mardi 11 novembre, le 96ème anniversaire de l’Armistice du 11 novembre 1918 et le centenaire de la Première Guerre mondiale.

J’ai tenu à remercier de leur présence :

– Louis Soulier, adjoint en charge des anciens combattants,

– Paul Vallon, président de l’ANACR et du Musée de la résistance et de la déportation,

– Roland Segear, Président de l’association des membres de la Légion d’Honneur décorés au péril de leur vie,

– les anciens combattants, les porte-drapeaux,

– le commandant de Police Nationale, et le corps des Sapeurs pompiers et des JSP,

– Ayah Allag, maire du conseil municipal des enfants, et sa première adjointe, Sarah Monier, ainsi que les collégiens pour leur lecture de poèmes.

L’année 2014, qui s’achève, a été une année particulièrement riche en commémorations marquantes pour notre pays et notre ville, avec

● le centenaire de l’assassinat de Jean Jaurès et de la Première Guerre mondiale,

● les 70ème anniversaires du Conseil National de la Résistance, de la Libération de la France et de la Libération de Givors.

●  et la commémoration du 11 novembre, qui est l’occasion de lancer le riche programme d‘animations organisé par la ville de Givors autour du centenaire de la Première Guerre mondiale.

Déclenchée sur le sol européen à la suite de l’assassinat de Jean Jaurès, la guerre de 1914-1918 fut le premier conflit mondial de l’histoire humaine.

Une guerre qui marqua profondément et douloureusement la conscience collective et notre mémoire nationale car la France, qui sortit victorieuse mais dévastée de ce conflit, en fut le principal théâtre d’opération.

Aujourd’hui, en 2014, dans une société et une République profondément

percutées par des dérives qui déstabilisent bien des repères, commémorer cette tragédie,

● c’est d’abord transmettre aux jeunes générations la mémoire historique du sacrifice des soldats français, qu’ils soient de métropole ou des colonies, et qui sont tombés pour défendre notre pays,

● c’est aussi transmettre aux jeunes générations ce que furent les atrocités de cette « Grande boucherie » pour des millions de familles,

● c’est également transmettre la mémoire de ceux qui vécurent l’enfer des tranchées et qui en témoignèrent dans des lettres poignantes,

● c’est enfin transmettre la connaissance des causes et des responsabilités de cette tragédie, pour ne pas oublier, mais surtout pour perpétuer le cri terrible surgi de ce désastre : « plus jamais ça ! ».

Centenaire de la Première Guerre mondiale : "Plus jamais ça"

La première guerre mondiale fut en son temps le conflit le plus meurtrier que l’humanité eut connu

– 72 pays impliqués et 60 millions de mobilisés, dont 8 millions de Français,

– des atrocités nouvelles liées à l’utilisation d’armes nouvelles,

– un effroyable cortège de 10 millions de morts, dont 1,4 millions de Français, dont 70 000 venaient des colonies,

– 20 millions de blessés,

– des milliers fusillés pour l’exemple,

– des milliers de villes et villages ravagés,

– et cette douleur sans nom qui écrasa chaque famille de notre pays.

Pour les historiens, cette Première Guerre mondiale est l’épreuve la plus dure et la plus meurtrière qu’ait connue notre pays et sa population.

Voilà pourquoi chaque ville et chaque village de France possèdent des monuments et des listes interminables de noms de soldats morts pour la France et qui rappellent ce que fut cette immense tragédie pour notre pays.

Centenaire de la Première Guerre mondiale : "Plus jamais ça"Parmi les trop nombreux morts de cette guerre, reposent 326 Givordins, dont les noms sont à jamais gravés dans le marbre de la stèle que nous fleurissons en souvenir de leur mémoire.


– Ils s’appelaient Marius, André, François,

– Ils étaient jeunes,

– Ils étaient ouvriers, artisans, fonctionnaires, paysans,

– Ils étaient fils, frères, pères, oncles,

– Et chacun devint artilleur, fantassin, brancardier, soldat du feu.

● Nos premières pensées vont vers eux et vers tous ceux qui sont tombés au champ d’honneur.

Elles vont aussi vers les veuves et les orphelins, ainsi que vers toutes les familles endeuillées et meurtries.

● Des pensées qui vont également vers ceux qui avaient survécus.

Les 4,3 millions de blessés que compta notre pays.

Tous ces gazés, mutilés, estropiés, ceux que l’on appelait « les gueules cassées », et qui ont porté tout au long de leur vie, dans leur chair et sur leur visage, les stigmates indélébiles des atrocités et de l’horreur de la guerre.

Le froid, la faim, le dénuement, la fureur, la peur, la mort partout et son odeur irrespirable : d’innombrables témoignages décrivent l’enfer que vécurent les Poilus.

« Ici le sang est partout. Les hommes tombent comme des chevaux » écrivaient les soldats des tranchées.

Ce qui fit dire à Maurice Genevoix :

« Ce que nous avons fait, c’est plus que ce que l’on pouvait demander à des hommes et nous l’avons fait ».

En 1918, dans les pays dévastés et parmi les peuples martyrisés, les poilus survivants nourrirent une haine de la guerre et de l’injustice en hurlant « plus jamais ça ! ».

Mieux que quiconque, ils voulurent créer les conditions d’une paix durable, et ils eurent la lucidité de contribuer à créer la Société des Nations afin d’éviter de nouvelles guerres.

Dans toute l’Europe, les injustices et les humiliations passées nourrirent également des mouvements révolutionnaires pour exiger la paix, du pain et la liberté, faisant écrire à Anatole France :

« Les hommes croyaient mourir pour la patrie et mouraient pour des industriels ».

Hélas, 20 ans plus tard, la folie meurtrière s’emparait à nouveau du monde qui, une nouvelle fois fut le théâtre d’un conflit sanglant encore plus destructeur.

Centenaire de la Première Guerre mondiale : "Plus jamais ça"

● Nos pensées vont également vers les contingents américains, britanniques, ainsi que vers l’ensemble des soldats venus des 5 continents sur le sol français.

● Des pensées qui vont vers les 430 000 soldats venant de toutes les colonies, de l’Afrique à l’Asie du Sud-Est et qui ont pris part à une guerre qui aurait pu ne pas être la leur.

Ils y ont participé pour la France, pour un idéal de paix et de liberté, dans un engagement fort qui fut le ferment de leur légitime exigence d’émancipation et d’indépendance.

● Des pensées qui vont vers ces milliers de soldats qui sont allés jusqu’à l’extrême limite de leur force, et qui face à des ordres inhumains, ont été fusillés pour l’exemple.

Notre pays s’honorerait à réhabiliter leur mémoire, comme cela vient d’être fait pour le soldat Chapelant d’Ampuis, dossier sur lequel je suis intervenu à de nombreuses reprises.

Tous ces hommes ainsi que leur famille ont été injustement dépossédés de leur honneur et de leur mémoire et il convient, comme l’a annoncé le Président de la République, de ne pas les oublier et « qu’une place soit accordée à l’histoire des fusillés pour l’exemple au musée de l’Armée aux Invalides ».

● Des pensées qui vont enfin vers les femmes car la guerre s’est aussi gagnée en dehors des champs de bataille.

Ce véritable peuple sans armes qui, en assurant le fonctionnement de l’économie, a aussi permis la victoire.

Et dans ce peuple, les femmes, par leur labeur, leur engagement, leur vaillance apportèrent une contribution essentielle et décisive.

Elles investirent massivement les usines pour produire les armes, et rejoignirent massivement les champs pour nourrir la France.

Sans elles, notre pays se serait peut-être effondré.

Si le visage de la société fut en partie transformé par cet engagement, aucune reconnaissance collective ne leur fut malheureusement accordée au lendemain de la victoire. Pas même le droit de vote.

Voilà pourquoi, cent ans après, la Grande Guerre suscite encore et toujours, et alors que tous les survivants ont disparu, une attention et une émotion que le temps non seulement n’altère pas, mais au contraire ranime.

———————–

● Parce que le souvenir de la Grande Guerre est présent dans chaque village et dans chaque ville de France,

● parce qu’il n’y a pas de commune en France où un monument aux morts n’ait été érigé,

● parce qu’il n’y a pas de commune en France où il n’y ait pas eu de victimes de la Première Guerre mondiale,

● parce que Givors paya un très lourd tribut en 14-18 avec la perte de centaines de ses fils,

notre ville se fait un devoir de rappeler l’abominable réalité de ce conflit et commémore, chaque 11 novembre, cette tragédie humaine.

Ville de résistance qui cultive le devoir de mémoire, le vivre ensemble et les valeurs républicaines et progressistes, Givors se fait un devoir de faire connaître aux jeunes générations ce que fut la Grande Guerre.

Car au-delà de l’hommage aux soldats qui se sont sacrifiés pour la liberté de notre pays, il est impératif de connaître et faire connaître notre histoire pour ne pas se condamner à revivre et reproduire les mêmes désastres.

● Or cent ans après, qu’a-t-on retenu de cette terrible tragédie?

Cent ans après, qu’a-t-on appris des guerres qui ont embrasé le siècle dernier et décimé des dizaines de millions d’êtres humains ?

Cent ans après, qu’a-t-on retenu des messages et des valeurs qui nous ont été légués par toutes celles et tous ceux qui ont connu l’innommable ?

Finalement, qu’a-t-on retenu de tous ces drames effroyables ?

– Notre monde actuel est marqué par la montée dangereuse des guerres qui frappent plusieurs pays et martyrisent leurs peuples.

– Notre époque est marquée par la montée d’extrémismes et de fanatismes de toutes sortes, et par la résurgence des égoïsmes, des chauvinismes, du racisme et de l’antisémitisme.

– Et enfin, notre République et notre pays sont percutés en profondeur par des dérives et des logiques inquiétantes qui nourrissent le rejet de l’autre, la division et la haine.

● Comment ne pas être inquiet quand, y compris sur notre sol national, des êtres humains sont agressés parce qu’ils sont juifs ou musulmans ?

● Comment ne pas être inquiet quand nos valeurs de liberté, d’égalité, de fraternité et de solidarité, se diluent au point de remettre en cause notre pacte républicain ?

● Comment ne pas être inquiet quand on sait que les mêmes causes produisent toujours les mêmes effets et que parfois l’histoire peut bégayer?

Voilà pourquoi il est impératif de connaître et faire connaître notre histoire pour agir au présent, en nourrissant et mobilisant la part d’humanité qui est en chacune et chacun d’entre nous.

Promouvoir une mémoire plurielle, une mémoire lucide, une mémoire partagée, une mémoire active de ce que fut la guerre de 14-18,

– c’est non seulement rendre hommage aux victimes et à celles et ceux qui se sont battus pour la France,

– mais c’est aussi inscrire leur sacrifice dans le présent pour construire un monde futur, fait de paix et de liberté.

● Inscrire leur sacrifice dans le présent, c’est

– parler du courage du Poilu qui vit l’effroi au fond de la tranchée,

– c’est louer l’audace du Français libre qui rejoint de Gaulle juin 1940,

– c’est souligner l’héroïsme discret, parfois anonyme, du résistant qui rallie l’Armée des ombres,

– c’est saluer la dignité du Juste qui cache un juif au péril de sa vie.

● Inscrire leur sacrifice dans le présent, c’est également saisir la force des générations qui nous ont précédés afin de transmettre des leçons de vie pour les suivantes.

● Inscrire leur sacrifice dans le présent, c’est  rappeler que la République a traversé des épreuves terrifiantes et qu’elle a toujours su s’en relever.

● Inscrire leur sacrifice dans le présent, c’est savoir d’où l’on vient pour mieux appréhender ce qui nous relie et nous fédère au sein de la nation et du monde.

● Inscrire leur sacrifice dans le présent, c’est promouvoir en permanence le vivre ensemble et la solidarité, qui unissent, qui rassemblent, qui n’écartent personne en fonction des parcours, des croyances, des origines et des couleurs de peau.

Voilà pourquoi rappeler les horreurs de l’histoire ne peut que servir à mieux construire le présent et préparer un avenir qui permette à nos enfants et petits-enfants de vivre dans monde où priment la paix, la justice, la tolérance, l’égalité et la démocratie.

Nous le savons que trop bien : Rien n’est acquis, rien n’est irréversible, mais nous savons aussi que rien n’est fatal non plus.

Voilà la leçon que nous devons tirer du passé.

A l’occasion de la célébration du centenaire de 14-18, nous avons créé un collectif givordin, présidé par Louis Soulier, pour travailler sur la portée mémorielle, intergénérationnelle et pédagogique de cet événement historique.

Un très riche programme de festivités est ainsi proposé, mobilisant de nombreux équipements, services et associations de notre ville.

Je tiens à ce titre à remercier les élus et tous les membres du collectif givordin du centenaire, créé l’année dernière, qui ont effectué un important travail de recherche et de réflexion pour élaborer un programme riche d’animations, de festivités et d’expositions autour de la Grande Guerre.

Remercier également l’ensemble des partenaires et des équipements municipaux qui ont joué le jeu pour la réussite de ce centenaire dans notre ville : le Musée de la Résistance, les archives municipales, le Théâtre De Givors, le Conservatoire de musique et de danse, la Médiathèque et la MJC.

Je vous donne rendez-vous dans les différentes manifestations qui auront lieu tout au long de l’année pour commémorer le centenaire de la Première Guerre mondiale, et vous invite d’ores et déjà à visiter l’exposition réalisée par le Musée de la Résistance et de la Déportation « 1914 : la mobilisation » (au moulin Madiba, à partir du 11 novembre).

Ce centenaire démontre que nous sommes plus que jamais mobilisés pour aider au souvenir mais et pour bâtir un futur fait de générosité, de paix et de justice pour nos enfants et petits enfants.

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