98e anniversaire de l’Armistice de 1918

Étant en voyage en Chine toute la semaine dernière pour développer un partenariat international médical entre le Centre hospitalier de Givors et la région de Lánzhōu en Chine [http://www.martialpassigivors.fr/innovation-partenariat-medical-international-pour-le-centre-hospitalier-de-givors], je n’ai malheureusement pas pu assister à la traditionnelle cérémonie du 11 novembre, qui célébrait cette année le 98e anniversaire de la fin de la Première guerre mondiale.

Christiane Charnay, première adjointe et présidente de l’UFAC de Givors (Union française des anciens combattants) a présidé la cérémonie, en compagnie de nombreux élus de la majorité municipale. Retrouvez ci-dessous son intervention :

« Mesdames, Messieurs, chers amis, discours

Aujourd’hui, je suis heureuse d’être parmi vous pour commémorer le 98ème anniversaire de l’armistice du 11 novembre 1918, qui met un terme à la Grande Guerre. Cette tragédie inaugure de manière terrible un vingtième siècle qui a été marqué par la longue série de massacres commis au nom du nationalisme.

La Grande Guerre, c’est d’abord le premier exemple de guerre mondiale : sur chaque continent, des pays sont entrés en guerre ; des combats ont eu lieu en Europe, en Afrique, en Asie, et jusque dans les îles d’Océanie.

La Grande Guerre, c’est aussi le premier exemple de guerre totale. Des millions d’hommes sont envoyés au combat, des millions d’hommes et de femmes sont mobilisés ; toute les puissances industrielles, intellectuelles et scientifiques sont orientées vers l’effort de guerre. La chimie, la mécanique, l’aviation, l’information : tous ces éléments, qui étaient encore les marques confiantes du Progrès, se retrouvent au service des nations en guerre. Les conséquences ont été désastreuses.

Des millions de vies ont été détruites :
– les militaires évidemment, avec 10 millions de morts, 6 millions 500 mille Gueules cassées, et plusieurs milliers de fusillés pour l’exemple ;
– mais les tourments de la guerre ont aussi touché les civils: 10 millions sont morts, victimes des bombardements, de la famine, des accidents industriels.

Et cela sans compter les dizaines de millions de victimes de la grippe dite espagnole, dont la propagation est une conséquence directe de la guerre. Autant d’hommes, de femmes, d’enfants, dont les vies ont été brisées, à qui l’avenir a été volé, victimes de passions et d’idéologies guerrières qui ont conduit le monde au chaos.

Mais en plus des hommes, quelque chose d’autre est mort sur les champs de bataille ; une partie de la civilisation a été engloutie dans ce conflit. Face à l’horreur, ces sociétés ont perdu une partie de leur sensibilité. Avec l’industrialisation de la mort, s’est créée l’habitude, la banalisation des atrocités.
Dans cette tragédie, l’année 1916 occupe une place particulière. Sur le front de France, 1916, c’est la bataille de Verdun (21 février 1916 – 19 décembre 1916, 300 000 morts) et la bataille de la Somme (01 juillet 1916 – 18 novembre 1916, 440 000 morts). Devant la cruauté des combats, le moral des troupes s’effondre et des milliers de soldats sont fusillés pour l’exemple : cent ans plus tard, le courage de ces hommes n’est toujours pas reconnu. Car du courage, il en fallait pour s’opposer aux ordres, pour dénoncer une stratégie obstinée, insensée et néfaste. Cette année encore, les députés du Front de gauche ont présenté une proposition de loi visant la réhabilitation collective des fusillés pour l’exemple, victimes d’une justice expéditive : ce projet a malheureusement été rejeté.

Mais en cette année 1916 pourtant, il y avait déjà de l’espoir.
Alors que la guerre fait rage, on pense à préparer la paix. Les syndicalistes se réunissent à Leeds, et demandent la création d’une Organisation Internationale du Travail, car il n’y a pas de paix sans justice. Partout en Europe, fleurissent des associations demandant la création d’une Société des Nations. Ces deux organisations ont vu le jour à la fin de la guerre : si la SDN a été emportée par la seconde guerre mondiale, l’Organisation Internationale du Travail est toujours là, et poursuit l’action entreprise dès 1919 par son premier directeur, Albert Thomas.

Nous devons garder ceci en mémoire : dans les heures les plus sombres, il est nécessaire de garder espoir. C’est au plus fort des combats qu’il est essentiel de préparer la paix.

À la fin de la guerre, 326 Givordins ne sont pas rentrés chez eux. Ces jeunes gens étaient des ouvriers, des artisans, des fonctionnaires, des paysans. Devenus soldats, ils ont offert leur vie pour la défense du pays.
● Nos premières pensées vont vers eux et vers tous ceux qui sont tombés au champ d’honneur, mais également vers toutes les familles endeuillées et meurtries.

Des pensées qui vont vers ces milliers de soldats qui sont allés jusqu’à l’extrême limite de leur force, et qui face à des ordres inhumains, ont été fusillés pour l’exemple.
Nous saluons ceux qui ont survécu, et qui sont rentrés, à jamais marqués par les horreurs de la guerre.
Nous rendons grâce à ces 430 000 soldats venus de toutes les colonies, de l’Afrique à l’Asie, qui ont pris part à une guerre qui aurait pu ne pas être la leur, ainsi qu’à tous les travailleurs étrangers et coloniaux qui ont traversé le monde pour venir prêter main forte à l’industrie de guerre.
Enfin, nous saluons la mémoire des femmes, car la guerre s’est aussi gagnée en dehors des terrains de bataille. En assurant à elles seules une part considérable du fonctionnement de l’économie, dans les usines et dans les champs, les femmes ont aussi permis la victoire.

Aujourd’hui, il peut sembler difficile de garder espoir. Partout dans le monde, les replis sur soi, les nationalismes et les extrémismes gagnent du terrain ; les aventures politiques les plus dangereuses voient le jour, guidées par la haine, la peur, le rejet, à l’image de l’élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis il y a deux jours. La France n’est pas épargnée par les secousses du monde : les actes terroristes qui ont durement frappé le pays et la montée de la xénophobie et des stigmatisations par l’extrême-droite rappellent que l’intolérance sème la mort et déchirent notre pacte républicain. Et pourtant, maintenant plus que jamais, nous devons combattre les exclusions et les divisions.

Il y a cent ans, hommes et femmes, français et étrangers, ont traversé des épreuves dramatiques. Ensemble, ils ont surmonté des événements inconcevables, et ils s’en sont sortis. Afin de perpétuer leur héritage, il nous appartient, dans les temps difficiles que nous traversons, de conserver l’espoir et d’agir ensemble pour construire un monde de paix, de justice et de fraternité.

Dans ce cadre, la ville de Givors, engagée dans un devoir de mémoire plurielle depuis de nombreuses années, va mettre en place un projet pédagogique international en partenariat avec la ville de Döbeln. Nous avons été les rencontrer il y a quelque mois, et une délégation viendra nous rendre visite à la fin du premier trimestre pour finaliser le projet avec les élèves de Givors, afin de célébrer le centenaire de la fin de la guerre.

Car pour nous, travailler sur la mémoire reste le meilleur moyen de surmonter les épreuves du passé. »

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