Biennale du Conseil Local de Santé Mentale de Givors

Biennale CLSM Givors 1 oct.Dans le cadre de la biennale du Conseil Local de Santé Mentale de Givors, j’ai eu le plaisir de participer, jeudi 1er octobre, à l’ouverture de la journée de travail et de souhaiter la bienvenue, à Givors, aux nombreux intervenants, docteurs et professionnels du secteur.

A l’époque, la création du Conseil Local de Santé Mentale de Givors, qui est le plus ancien de France avec 33 ans d’existence, faisait suite à une volonté d’inscrire la psychiatrie dans l’espace social. C’était évidemment novateur et progressiste.

Aujourd’hui, la démarche est devenue globale, car elle intègre le vécu et la réalité des professionnels mais également de tous ceux qui travaillent quotidiennement avec celles et ceux qui se sentent abandonnés et souvent en souffrance.

Biennale CLSM Givors 1 oct. (7)● Dans mes permanences hebdomadaires, j’assiste à un long cortège de personnes venant exprimer leurs problèmes et leurs angoisses.

● Dans les réunions de quartiers, l’expression de la souffrance rejoint la demande immédiate du mieux vivre au quotidien et dénonce le plus souvent les conflits et les contradictions générées par le déroulement de la vie privée dans l’espace public.

● Pour les rencontres occasionnelles, dans la rue ou ailleurs, la souffrance exprimée prend la forme d’un cri qui dépasse rarement le stade de la simple dénonciation.
Un peu comme si pour exister, il fallait hurler sa colère face à celui qui représente une quelconque forme de pouvoir.

Dans tous les cas, et même si la souffrance est exprimée de façon différente en fonctions des endroits, elle est toujours l’expression d’un lieu recherché avec d’autant plus de force qu’aujourd’hui bon nombre de structures ne savent parler qu’à travers un hygiaphone ou protégées par d’interminables répondeurs téléphoniques.

Rétablir le lien, entendre cette souffrance et la prendre en compte, c’est d’abord écouter.

Écouter, c’est déjà important en soi mais bien entendu c’est loin d’être suffisant.
Nous savons bien que ce n’est pas parce que le maire d’une commune écrit à une grande société pour essayer de recommander quelqu’un que la personne sera automatiquement embauchée, ou qu’elle trouvera automatiquement un logement.

Et pourtant, faire un courrier pour un emploi ou un logement c’est déjà passer à l’acte, et c’est toujours quelque chose qui est vécu positivement.

Positivement parce qu’il y a besoin d’actes pour essayer de faire changer les situations, mais aussi pour montrer que chaque personne est digne d’intérêt et peut faire l’objet d’attentions.

Dans mon activité quotidienne, je rencontre, tout comme les professionnels, les souffrances de celles et ceux qui vivent des situations d’exclusion, de précarité, d’inégalités, et de violences.

Bien souvent, les services municipaux et plus largement les services au public, sont confrontés à des situations dramatiques qui sont un véritable terreau pour la souffrance et trop souvent une pompe qui amorce les idées les plus extrêmes.

  • Comment pourrait-il en être autrement dans un territoire miné par la précarité, les exclusions et les inégalités ?
  • Comment pourrait-il en être autrement quand, aux difficultés déjà à l’oeuvre, l’Etat décide d’en rajouter en asphyxiant financièrement les communes et les services publics ?

Cette souffrance rejaillit sur les élus, les agents communaux et tous les partenaires locaux qui sont trop souvent en première ligne et qui reçoivent, sans y être véritablement préparés, l’expression d’un immense désespoir.

C’est aussi pour cela que le travail partenarial doit s’enrichir afin de donner du sens et non plus d’additionner des réponses qui sont certainement pertinentes mais qui parfois manquent de cohérence quand elles sont seulement mises bout à bout.

Il est évident qu’avoir une politique pertinente dans chacune de nos structures, ça ne fait pas toujours une réponse cohérente pour l’individu ni une politique cohérente à l’échelle d’un territoire.

Dépasser les cloisonnements, dépasser nos réflexes et nos habitudes pour ne pas rester enfermé dans nos cultures respectives.

C’est l’intérêt majeur de ce Conseil Local de Santé Mentale qui nous permet de cohabiter, en ayant un projet commun, et en essayant de nous enrichir de la diversité de l’autre, avec le souci d’entendre les réalités différentes et en ayant suffisamment d’humilité pour les prendre en compte ou tout du moins pour en discuter.

Si la souffrance est très largement présente dans les villes et les quartiers elle l’est aussi dans les entreprises.

C’est une souffrance qui est souvent induite voire produite par une société qui, dans le même mouvement, surmédiatise certaines personnes tout en ignorant superbement la grande partie des autres.

Que dire de la souffrance des fonctionnaires qui régulièrement se font insulter tant par la population souffrante que par des ministres en mal de buzz médiatique et, comme je le crois, aux avant-postes d’une recomposition idéologique ?

  • Comment ne pas s’inquiéter de la dilution de la notion d’intérêt général et de l’affaiblissement des syndicats et partis politiques, qui autrefois permettaient de prendre compte ces souffrances et d’y répondre de manière collective ?

Je me rappelle d’une phrase du docteur Joli qui expliquait « Auparavant ce qui était moral, c’était de s’impliquer de façon militante, aujourd’hui c’est quasiment immoral ».

De cellules psychologiques en traitement médicamenteux, tout semble devoir passer par une réponse médicale.

Ne pas psychologiser tous les problèmes de souffrance, c’est évidemment redonner du poids et du sens à l’investissement individuel dans des projets collectifs
Mais c’est aussi donner les moyens à la psychiatrie d’avoir les moyens de jouer son rôle.

Nous le savons tous, il ne suffit pas de qualifier de souffrants des publics qui subissent les effets d’un monde dominé par les inégalités pour être quitte avec la souffrance psychique ou être quitte avec l’absurdité d’un monde où un joueur de foot peut gagner, en un mois, ce que le bénéficiaire du RSA ne touchera jamais dans sa vie.

Nous le savons tous, il ne suffit pas de qualifier de souffrant les fonctionnaires et les éducateurs qui dépriment pour être quitte avec le manque de moyens attribué à la prévention et les attaques démentielles contre les collectivités locales et les services publics.

Dans ce climat délité, les acteurs de terrains sont en première ligne et sont tout à la fois miroir et bouc émissaire.

Pour les élus c’est la même chose, on les sollicite, on regrette leur absence mais je ne suis pas sûr que l’on ne redoute pas encore plus leur implication dans le concret, tant le rejet du politique est devenu une constante, et pour quelqu’un dont je fais partie, une véritable préoccupation car derrière c’est la démocratie qui est visée.


Les professionnels du secteur médico-psychiatrique que j’ai rencontrés, jeudi 1er octobre, travaillent et habitent, pour certains d’entre eux, à Givors, ville riche de son histoire et de la diversité de sa population, une ville qui résiste pour surmonter les défis auxquels elle doit faire face même si la crise fait rapidement bouger les repères et pousse au repli sur soi, et finalement aux recherches de solutions individuelles.

Cette ville remarquable, composée de l‘une des populations les plus modestes financièrement du département, voit ses dotations d’État baisser d’1 million € chaque année, de 6 millions € cumulés d’ici 2017 et de 20 millions € d’ici 2020.

  • Comment penser que cette saignée n’aura pas de conséquences dramatiques sur les populations et notamment les plus fragiles, voire même sur l’existence des services publics de notre commune ?
  • Comment, dans de telles conditions, prendre toute la mesure des souffrances et des liens à protéger pour tout simplement aider ?
  • Comment faire face à la montée des extrémismes et du délitement de notre république laïque ?

Et, ce ne sont pas les discours officiels qui nous parlent de l’accès aux soins de qualité, de l’équité des chances et de l’égalité républicaine qui rassurent vraiment, car derrière les MOTS et il y a les MAUX qui eux, nécessitent des actes concrets.

  • Comment accepter la fragilisation de notre système de santé publique, fragilisé par des orientations inacceptables dont fait partie la T2A ?
    Et que dire de la psychiatrie qui n’est pas loin d’être un secteur sinistré ?

Bref, je ne suis pas béat devant cette situation qui, je le pense, est porteuse de grandes détresses et de grandes humiliations.

Quand une situation est aussi dégradée, je pense que, dans le respect des prérogatives de chacun, l’interaction des professionnels et du politique devient une nécessité afin d’apporter les réponses individuelles et collectives qui conviennent.

Voilà pourquoi je remercie tous les professionnels de la qualité de leur travail quotidien et pour l’importance de cette journée de travail du CLSM de Givors, qui est de nature à mieux faire comprendre les réalités et donc à mieux agir pour faire changer le cours des choses.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

Imprimer la page