Reconnaissance de la République pour un grand résistant et élu de Givors

Légion d'honneur Paul Vallon - 19 sept 2015 (12)2A l’issue de l’assemblée générale de l’Union Française des Anciens Combattants de Givors (UFAC) durant laquelle Christiane Charnay, 1ère adjointe a été élue présidente, samedi 19 septembre, j’ai eu l’honneur et l’immense plaisir de remettre la médaille de chevalier de la Légion d’honneur, au nom du Président de la République, à Paul Vallon, grand Résistant givordin et ancien premier adjoint de Givors pendant près de 30 ans.

Après qu’il eut enfin accepté ma proposition, la Métropole de Lyon va très prochainement donner le nom de Paul Vallon au collège de Bans, qui portera le nom de cet enfant du quartier.

 


Paul est né le 22 avril 1923, à Givors. Son papa était pépiniériste et sa maman dentelière.

Il s’est marié à Joséphine, qu’il a rencontrée dans un bal à Loire sur Rhône et dont il dit souvent, que sans elle, il n’aurait jamais pu faire tout ce qu’il a fait.

Père de deux enfants : Michel et Marie-Claude, grand-père de 3 petits-enfants, Marlène, Lionel et Séverine, et arrière grand-père deux fois.

Embauché à l’âge de quinze ans à la Compagnie de Fives-Lille, à Givors, Paul obtient en 1942 son CAP de dessinateur industriel à l’École des métiers du boulevard des Tchécoslovaques, à Lyon.
Fin décembre de la même année, il entre dans la Résistance dans un mouvement qui s’appelait Combat.

En janvier 1943, il rejoint, à tout juste 19 ans, le mouvement Jeunesse et Montagne plutôt que d’attendre son incorporation dans les Chantiers de la jeunesse française.

En octobre 1943, il retrouve Fives-Lille et participe parallèlement à des actions de résistance au sein des groupes francs de l’Armée secrète.

Distributions de tracts et journaux, prises de contact en vue de recrutements, renseignements sur les fabrications des entreprises de l’agglomération lyonnaise, recherches sur les mouvements et activités de l’occupant…

Légion d'honneur Paul Vallon - 19 sept 2015 (8)

Devenu responsable d’un groupe franc début 1944, il assure des transports d’armes, organise un dépôt d’armes et d’explosifs au domicile de ses parents, réceptionne des parachutages.

D’avril à août 1944, il mène avec son équipe un impressionnant nombre de sabotages et porte des coups terribles contre l’ennemi : destructions de lignes électriques et téléphoniques, sabotage de voies ferrées et déraillements de trains, arrestation de collaborateurs, etc.

Le matin du 28 août, au sud de Givors, Paul Vallon, devenu sergent-chef FFI et ses hommes accrochent une colonne blindée allemande signalée par un groupe de résistants postés en éclaireur.

La bataille qui s’étendra de Saint-Romain-en-Gal à Brignais durera jusque dans l’après-midi et anéantira pratiquement le convoi allemand.

Jusqu’au 2 septembre, Paul Vallon conduit des actions de harcèlement contre les colonnes et groupes de soldats allemands remontant la RN 86, faisant de nombreux prisonniers.

Après la libération de Givors, il s’engage pour la durée de la guerre et avec son peloton, il est incorporé dans la 2e DB, ou il continuera le combat jusqu’en Allemagne.
À la capitulation sans condition de l’Allemagne Nazie, Paul rentre définitivement en France dans sa ville de Givors et retourne discrètement à la vie civile en octobre 1945.

Homme de luttes et de combats, Paul a toujours placé l’humain au centre de ses préoccupations.

C’est pour cette raison qu’il rejoint Camille Vallin qu’il avait rencontré dans la résistance et dont il sera de 1965 à 1992 le premier adjoint.
Un premier Adjoint particulier, car il a longuement occupé le bureau du Maire quand Camille était pris par ses multiples mandats et occupations politiques.

Si un mot devait qualifier Paul, ce serait l’humilité et le dévouement.

A ceux qui disent de lui que décidément il a un sale caractère, Marie-Claude, sa fille, oppose un démenti catégorique. « Paul, dit-elle, est un homme droit, aussi exigeant avec les autres qu’avec lui-même ».

Une exigence avec les autres qui l’amène à être des plus rigoureux dans ses propos et ses actions, une exigence avec lui-même qui l’a amené à consacrer sa vie à autrui.

Légion d'honneur Paul Vallon - 19 sept 2015 (2)Ses enfants se souviennent qu’un soir de Réveillon du jour de l’An, un coup de téléphone vint interrompre le repas familial. C’était le responsable du chalet des neiges de Saint Pierre qui prévenait Paul que les jeunes Givordins venus fêter le Réveillon au chalet, avaient pris un carton contenant une machine à imprimer, au lieu d’emporter le carton dans lequel se trouvait les victuailles.

Paul laissa là son réveillon, chargea sa 4L de nourriture et se rendit en pleine nuit ravitailler les jeunes Givordins avant d’immédiatement revenir à Givors !

Et puisqu’on parle de cuisine (une des nombreuses passions de Paul), je me souviens qu’il préparait lui-même, lorsqu’il était 1er adjoint de Camille Vallin, le buffet de présentation des vœux, achetant les ingrédients et tartinant pendant des heures les toasts pour les invités.

Moi qui l’ai remplacé comme 1er Adjoint, j’ai souvenir de visites à Oléron où Paul emmenait des casses croûtes pour éviter des frais à la ville.
C’est aussi à Oléron que Paul partait en vacances avec son épouse et ses enfants et qu’il en profitait pour réparer les bateaux endommagés, trouvant cette démarche normale puisque la aussi il considérait qu’il faisait faire des économies à la ville.

  • Grâce à lui, des générations de Givordins ont pu apprendre le ski en se rendant à Saint Pierre et pratiquer la voile en allant en colonie à Oléron.
  • C’est avec la même opiniâtreté qu’il créa avec M. Martin, l’OLPP, plus connu sous le nom de l’école « des Martin ».
  • Il s’est farouchement battu pour que les portes du lycée de Saint Romain en Gal s’ouvrent sur les enfants de Givors, contraints jusqu’alors de poursuivre leurs études à Oullins ou à Lyon.
  • Il fut l’un des premiers initiateurs à vouloir créer le SITIV, syndicat de l’informatique et ceci à un moment ou très peu parlait de la révolution scientifique à venir.

En 1989, lorsque j’ai été élu, Paul essayait vainement de faire utiliser le minitel pour envoyer les convocations. Mais là aussi son avant-gardisme s’est heurté à la lenteur des compréhensions.

Oui, Paul est un homme curieux, autant soucieux des traditions qu’ouvert sur les nouveautés à condition que celles-ci apportent la culture et le savoir aux individus.

Ainsi aujourd’hui à 92 ans, il n’hésite pas à surfer sur le net pour trouver des réponses aux questions diverses qui le préoccupent.

  • Plus récemment, Paul fut à l’origine de la création du musée de la résistance.

Je devrais dire «du musée des résistances » tant Paul fut de tous les combats pour la justice et la liberté des peuples.

Militant actif du parti communiste français, il milita sans relâche contre les guerres d’Indochine et d’Algérie.

Son engagement lui valut de recevoir plusieurs menaces de mort de la part de l’OAS, ce qui le contraignit à prendre d’infinies précautions pour mettre sa famille à l’abri d’un attentat.

Qui se souvient aujourd’hui que des camarades du parti communiste, étaient postés la nuit devant sa maison à Bans ?

Qui se souvient aujourd’hui que les fenêtres des chambres étaient condamnées par des planches pour éviter le jet de grenades et les lits étaient placés au centre des chambres ?

Qui se souvient aujourd’hui qu’il hébergea plusieurs résistants algériens dans sa propre maison ?

Et enfin, qui se souvient aujourd’hui qu’avant de monter dans sa voiture, il éloignait sa femme et ses enfants pour inspecter le bas de caisse du véhicule, avant de se mettre au volant, de démarrer et enfin de demander à sa famille de le rejoindre ?

Légion d'honneur Paul Vallon - 19 sept 2015 (11)Si Paul Vallon est un homme de principe, aux valeurs fortes, il est aussi, Paul Vallon, comme tout Givordin qui se respecte, un amateur de sport nautique, devenant même champion de France de Joute de cette discipline.
Et je n’invite personne à dire qu’il faisait « Briquet » pendant les passes de joute.

Passionné par ce sport, il a même souhaité que la joute devienne sport olympique !

C’est d’ailleurs afin de la promouvoir hors France, qu’avec une bande de copains jouteurs, il s’est rendu dans l’ex RDA pour tenter de les initier à cette pratique.

Infatigable, et doté d’une énergie débordante il s’est récemment pris de passion pour l’apiculture, comme un clin d’œil à l’abeille symbole de la ville de Givors !

Aujourd’hui, il s’occupe de trois ruches installées dans le jardin de sa maison de Bans.

Homme de tous les combats, Paul a tracé le cours de sa vie sous l’angle de la droiture, de l’abnégation et de l’engagement au service des autres.

Rigoureux, Paul Vallon a toute sa vie été cohérent : en mettant, ses actes et ses pensées en totale adéquation avec les valeurs qui sont les siennes.

Franc et direct, il est parfois considéré comme un homme froid et distant. C’est faux, archi-faux.

Paul Vallon est tout simplement un homme modeste, humble, et sérieux, un « honnête homme » tout simplement mais c’est beaucoup.

Un honnête homme à qui je suis heureux de remettre ’hui la légion d’honneur pour tout ce qu’il a entrepris durant toute sa vie.

Un honnête homme distingué bien tardivement de cette haute distinction nationale de notre pays.

Un honnête homme trop souvent dans l’ombre et qui pour une fois est mis sous la lumière de notre République française.

Un honnête homme qui sera bientôt sous la lumière de notre ville de Givors, puisque Paul a enfin accepté ma proposition de donner son nom au Collège de Bans qui très bientôt portera le nom de cet enfant du quartier, résistant et de l’élu qu’il est devenu.

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