Reconnaissance des maladies professionnelles : le combat continue !

Après avoir participé au congrès des maires du Rhône et de la Métropole de Lyon, samedi 10 octobre, avec Christiane Charnay, première adjointe, nous avons assisté au 2ème colloque de l’association des anciens verriers de Givors, en partenariat avec la ville de Givors et la Région Rhône-Alpes, qui a réuni de nombreux membres de l’association, Givordins, chercheurs et spécialistes :

– Jean Claude Moioli, président des anciens verriers de Givors,
– Pascal Marichalar, sociologue, chercheur au CNRS,
– Lauren Dufour, secrétaire de CHSCT de la verrerie de Puy-Guillaume (63),
– Alain Besson, ancien cadre, ancien militant syndical à la verrerie de Givors,
– Annie Thébaud-Mony, directrice de recherche honoraire à l’INSERM,
– Jo Croseille, électro-mécanicien, militant syndical à la verrerie de Givors.

2eme Colloque Anciens verriers GivorsTrois ans après leur premier colloque, ce 2ème colloque des anciens verriers de Givors va permettre d’élargir la réflexion et le combat de toutes celles et ceux qui veulent non seulement faire reconnaître les maladies professionnelles, rendre justice aux salariés qui en sont victimes, mais aussi agir pour créer les conditions pour qu’il n’y ait plus de maladies professionnelles générées par l’exploitation de l’homme par l’homme.

Il aura fallu des années de combat pour que soit reconnue l’origine professionnelle des pathologies qui ont emporté nombre d’anciens salariés de BSN, entreprise française vendue ensuite à la société américaine OI Manufacturing.

En mai 2014, le tribunal des affaires de sécurité sociale (Tass) de Lyon condamnait OI Manufacturing, pour « faute inexcusable », estimant que l’entreprise était responsable de la maladie d’un ancien verrier, Joseph d’Introno, décédé d’un cancer en 2010.

Une première victoire pour tous les verriers givordins qui ont dû faire face au mépris de leurs anciens employeurs.

Des verriers qui n’ont jamais lâché face à une administration qui refusa longtemps de reconnaître le lien entre le cancer et la polyexposition à l’amiante, aux hydrocarbures et aux solvants à la verrerie de Givors

Ce jugement intervenait 1 mois après la décision de ce même tribunal qui a reconnu l’origine professionnelle du cancer de Christian Cervantes, causé « directement et essentiellement » par son « travail habituel » au service de ses différents employeurs de 1963 à 2003.

Le combat mené, collectivement, solidairement, était et demeure le combat pour la dignité, la justice, une justice dont il a fallu obtenir le rendu de haute lutte.

Le combat continue pour que la reconnaissance des maladies professionnelles des anciens verriers soit définitivement reconnue, mais aussi celles dont sont victimes de nombreux salariés dans d’autres secteurs d’activités.

Souvenons nous des mots de Christian Cervantès, alors gravement malade qui déclarait : « On va au travail pour nourrir sa famille, pas pour y mourir ».

Christian Cervantes qui nous a quittés en 2012, comme malheureusement beaucoup d’autres anciens verriers victimes de maladies liées à leur activité professionnelle, et dont la mémoire subit une nouvelle injustice avec la fermeture du centre de santé qui porte son nom grâce à la volonté de l’ancienne municipalité de Grigny.

Lorsque nous avons mis en lumière pour la première fois en décembre 2013 la Cheminée VMC à l’occasion de la traditionnelle Fête des Lumières à Givors, nous avions souhaité ainsi rendre symboliquement hommage aux anciens verriers et à leur lutte en procédant à la pose et à l’inauguration d’une plaque commémorative.
Héritière des verreries royales implantées dès 1749 à Givors, la verrerie VMC a contribué à l’essor industriel de la ville et employait plusieurs centaines de salariés.

Filiale à 44% du groupe Danone, l’usine fut reprise par un fonds de pension canadien qui, motivé par l’appât du gain, prétexta une rentabilité insuffisante pour fermer l’usine, qui, pourtant en 1999, versait 38 millions de Francs de dividendes aux actionnaires.

Cette fermeture témoigne clairement de la sauvagerie d’un capitalisme qui, d’industriel, s’est sournoisement mué en un capitalisme financier qui a pour unique objectif d’augmenter année après année les dividendes de ses actionnaires au mépris de la santé et de la vie des salariés, au mépris également de l’avenir des territoires et de l’indépendance de notre pays.

– Sans considération, ni respect pour ceux qui s’échinent durant des années pour faire vivre l’entreprise,
– Sans aucune reconnaissance pour la vie et l’avenir de ses salariés et de leurs familles, sans respect pour les collectivités et les territoires, en continuant à délocaliser à tours de bras les usines hors de France (plus de 600 usines ont fermé depuis 2009).

Malgré les très fortes mobilisations des ouvriers, des syndicats, des élus et de la population de Givors, et bien au-delà, pour maintenir l’activité verrière et l’emploi à Givors le dernier four fut percé en 2003.

● Après avoir subi les injustices concernant leurs déplorables conditions de travail,
● Après avoir subi les injustices concernant la fermeture de VMC en 2003 alors que l’entreprise était rentable,
● Après avoir subi une longue exposition à des produits dangereux et très polluants,
les anciens ouvriers ont subi une injustice encore plus ignoble car elle concernait le refus de la reconnaissance de leurs maladies professionnelles.

2ème colloque anciens verriers Givors 2Comme elle l’a fait dans les années 2000 contre la fermeture de l’usine, et comme elle le fait depuis des années, la municipalité de Givors continuera de soutenir le combat de l’association des anciens verriers qui se réunissent, à l’occasion de ce 2ème colloque, sur le thème « les verriers ne sont seuls exposés aux risques professionnels ».

C’est au prix d’une détermination de tous les instants des élus de la municipalité que, peu à peu, ont été obtenus les financements et réalisés les projets pour :
– rendre le site de nouveau industrialisable, malgré le coût très important lié à la dépollution du site,
– mettre en œuvre le projet innovant du village automobile,
– inscrire ce site dans la dynamique métropolitaine avec le Quattuor et le projet engagé d’un Hôtel des entreprises métropolitain et l’arrivée d’un important investisseur,
– réintégrer ce site stratégique au cœur de la ville, avec un retraitement paysager des berges du Gier, la création d’une nouvelle passerelle et des jardins ouvriers, la création d’un nouveau parking en lien avec le commerce du centre vile.

C’est au prix d’une détermination de tous les instants de l’association des anciens verriers que la chape de plomb se soulève doucement sur les ravages des conditions de travail des verriers.

L’action des anciens verriers nous rappelle qu’aujourd’hui, comme hier, ce n’est qu’en luttant que l’on peut s’opposer à la logique détestable d’un système qui fait de la rentabilité l’alpha et l’omega de ses stratégies.

Ainsi va cette société constamment marquée par la folle recherche du profit
– au détriment des hommes et des femmes,
– au détriment des territoires,
– au détriment de l’économie réelle,
– au détriment de notre planète.

En poursuivant la lutte, les anciens verriers agissent pour la reconnaissance des maladies professionnelles mais ils alertent aussi sur les conditions de travail honteuses dans lesquelles travaillent un peu partout dans le monde, France comprise, des millions et des millions d’ouvriers.

Continuer à rendre hommage aux anciens verriers et saluer la mémoire de ceux qui nous ont quittés, c’est inscrire leur combat dans la continuité des luttes qui se mènent pour la santé et la sécurité des travailleurs, et pour garantir les droits des salariés dans notre pays.

« Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent » disait Victor Hugo.

Il est du devoir de chacun d’entre nous de poursuivre la lutte pour un monde de justice sociale qui, enfin, placerait l’humain au centre de toutes les préoccupations.

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