Tragédies du 17 octobre 1961 : Refuser l’oubli et combattre toutes les haines

Commémoration 17 octobre 1961-2015 (13)Comme chaque année, la municipalité de Givors, représentée samedi 17 octobre, par Christiane Charnay, première adjointe, et de nombreux élus de la majorité municipale, a commémoré, avec l’APCA, présidée par Abdesselem Bouras, la tragédie des massacres du 17 octobre 1961, en présence de nombreux Givordins et Givordines, et du consul général d’Algérie.

Cette cérémonie du 54ème anniversaire du 17 octobre 1961 s’inscrit dans l’exercice républicain et citoyen d’un devoir de mémoire pluriel et vigilant pour que ne se reproduisent pas les pages sombres de notre histoire.

Car on vit une époque, un monde, une société et des événements qui inquiètent profondément :

  • Des foyers de guerres qui se propagent, dévastant des pays entiers et jetant des populations dans des migrations effroyables.
  • Une montée de fanatismes et d’extrémismes de toutes sortes qui nourrissent des divisions profondes entre populations et percutent les valeurs fondatrices de notre République.

– Robert Ménard, le maire d’extrême droite de Béziers, multiplie les provocations contre les réfugiés.
– Philippe de Villiers, de la droite extrême, prétend que la France se transforme en « un grand Kosovo islamiste ».
– Nadine Morano, responsable du parti de droite Les républicains, déclare que la France est un pays de race blanche aux racines judéo-chrétienne.

  • Des tentatives de réhabilitation de l’OAS s’affirment dans différentes communes, à l’initiative de l’extrême droite.

 

Dans cette société en perte de repères, il est essentiel de se souvenir de l’Histoire pour éviter qu’elle ne bégaie à nouveau.

Le devoir de mémoire doit être universel et honorer tous ceux qui, sans distinction, ont été victimes de l’arbitraire, de la violence, du fascisme.

Il y a 54 ans, plus de 30 000 travailleurs de Paris et sa banlieue manifestaient pacifiquement avec leurs familles pour demander la paix et la liberté.

Ils protestaient contre un couvre-feu discriminatoire que venait de décréter le Préfet de police de Paris, à l’encontre de ceux appelés à l’époque les «Français musulmans d’Algérie».

Cette manifestation fut réprimée avec brutalité insupportable par les forces de l’ordre commandées par Maurice Papon :
• 14 000 personnes furent arrêtées et parquées dans des stades.
• Plusieurs centaines de manifestants furent frappés à mort, tués par balles et noyés dans la Seine.

Devant l’horreur et le choc, la condamnation et la solidarité s’exprimèrent :

  • Dès le lendemain, des élus communistes, qui protestaient contre ce massacre, furent interpellés à l’Hôtel de ville de Paris et au Parlement.
  • L’article de l’Humanité condamnant cette sanglante répression fut censuré.
  • Dans les banlieues ouvrières la solidarité s’organisa, les syndicats se mobilisèrent pour que les emprisonnés ne soient pas licenciés.
  • Et plusieurs parlementaires de gauche demandèrent une commission d’enquête.

Je mets en avant ce mouvement de solidarité pour dire que, comme bien trop souvent dans l’Histoire, la France eut deux visages :

– celui, honteux, de la répression et de l’oppression,
– et heureusement le visage de la justice et du refus de l’inacceptable.

Le préfet de police de l’époque était Maurice Papon.

Ce sinistre personnage avait été responsable des questions juives à la préfecture de Bordeaux pendant l’occupation et avait participé à la déportation de juifs, ce qui lui valut une condamnation à 10 ans de prison pour complicité de crime contre l’humanité.

Nommé dans les années 50 Préfet de Constantine, il terrorisa les populations.

C’est lui qui fut responsable du massacre du 17 octobre 1961 et c’est encore lui qui organisa la répression sanglante de la manifestation du 18 février 1962 au métro Charonne, sans être jamais inquiété pour ses responsabilités dans ces massacres.

Des pages noires de l’histoire de France qui s’écrivaient au moment où des centaines de milliers de jeunes Français étaient incorporés pour aller faire une guerre coloniale qui ne les concernait pas.

Une sale guerre qui fit des dizaines de milliers de victimes du côté français, des centaines de milliers de morts du côté algérien, et des millions d’êtres humains et de familles dévastés et marqués pour toujours dans leur chair.

► Il fallut attendre 1999 pour que l’Assemblée nationale, suivie par le Sénat, reconnaisse enfin officiellement la guerre d’Algérie.

► Il fallut attendre le 27 février 2005 pour que l’ambassadeur de France à Alger qualifie les massacres du 8 mai 1945 à Sétif, Guelma et Kherrata de «tragédie inexcusable».

► Il fallut attendre le 6 décembre 2012 pour que le cessez le feu du 19 mars 1962, mettant fin à la guerre d’Algérie, soit officiellement reconnu par la nation française.

► Et il faudra enfin attendre 2012, à l’occasion du 51e anniversaire de la manifestation du 17 octobre 1961, pour que le président français François Hollande, je cite, « reconnaisse avec lucidité », au nom de la République, la « sanglante répression » au cours de laquelle ont été tués « des Algériens qui manifestaient pour le droit à l’indépendance ».

La ville de Givors et ses municipalités successives ont toujours oeuvré pour le devoir de mémoire et le droit à chacune et chacun d’avoir la pleine connaissance de l’histoire.

C’est la raison pour laquelle à Givors il existe
• une plaque commémorant les martyrs de Charonne,
• une esplanade de la Résistance et de la Déportation et une stèle en mémoire du groupe Manouchian,
• un square du 19 mars 1962 avec les noms de ses 3 enfants morts en Algérie,
• un square du 17 octobre 1961, le premier à avoir été inauguré en France hors Paris, afin de rendre hommage aux victimes de ce drame.

Aujourd’hui, dans un contexte de plus en plus étouffant et dangereux de crise,

• où les mêmes mensonges servent à diviser les Français,

• où les oublis du passé et les réécritures révisionnistes de l’histoire tendent à effacer les responsabilités et à réhabiliter les bourreaux,

• et où les mêmes artifices stigmatisent les opinions, les croyances ou les origines,

il nous faut plus que jamais refuser l’inacceptable, la violence, le racisme et l’injustice.

Commémoration 17 octobre 1961-2015 (9)Il nous faut plus que jamais défendre nos valeurs républicaines, faire vivre la citoyenneté, le rassemblement et le vivre ensemble.

Le devoir de mémoire, ce n’est pas seulement rendre justice aux victimes, c’est en permanence savoir s’opposer à toutes les atteintes aux libertés et aux discriminations, au moment où elles se passent.

Comme le disait Lucie Aubrac « Le mot résister doit toujours se conjuguer au présent ».
C’est ce que nous nous efforçons de faire au quotidien à Givors.

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