Urgence pour notre planète, des actes pour nos transports : Ma lettre au Président de la République

Monsieur le Président de la République,

Inondations octobre 2015 CannesUne nouvelle calamité météorologique s’est abattue sur le sud de France, entraînant avec elle son flot dramatique de décès et de dégâts matériels considérables.

Depuis quelques années, la liste de ces catastrophes climatiques s’allonge et chaque fois les mêmes questions reviennent : ces événements étaient-ils prévisibles et à qui incombe la faute ?

Il est évident que l’urbanisation massive imperméabilise les sols et favorise les ruissellements, mais comment ne pas s’alarmer devant la multiplication de ces phénomènes extrêmes et en tirer les conclusions quant aux conséquences alarmantes du réchauffement climatique ?

Si cette question cruciale sera bien évidemment, au centre des débats de la COP 21, je constate, dans mes diverses fonctions, qu’il y a souvent loin de la coupe aux lèvres.

Il en est, par exemple, ainsi de la volonté de faire reculer l’usage de la voiture et du tout routier au profit des transports en commun et de modes de déplacements alternatifs et moins polluants.

Beaucoup en parle, mais quelle est la réalité ?

  • D’une part la baisse des dotations de l’État au collectivités locales provoque une diminution importantes des moyens des régions, ce qui impacte leur capacité d’investissement pour les TER, pourtant si utiles pour les territoires et si appréciés par les populations.
  • TER Rhone AlpesD’autre part les TET, essentiels à un aménagement juste et harmonieux du territoire, sont pour une grande partie menacés de disparition par la baisse des investissements de l’État, laissant la place aux cars « Macron » qui viendront engorger les routes et renforcer le rejet de particule fines et de CO² .
  • Enfin nous assistons au déclin programmé du fret ferroviaire, qui laisse la place au tout camion sur nos routes et autoroutes, avec les même conséquences désastreuses en matière écologique.

Si cette politique de mobilité est catastrophique pour le service public des transports, elle est aussi catastrophique pour notre planète.

Les rencontres nationales du transport public, qui viennent de se tenir à Lyon, ont de ce point de vue été particulièrement révélatrices de l’exaspération des usagers, des associations concernées et des élus locaux.

Les mesures prises, ces dernières années, par les gouvernements successifs génèrent des difficultés financières pour les Autorités Organisatrices des Transports.

Il en est ainsi des hausses successives de la TVA passant de 5.5% à 7% en 2011, puis à 10% en 2014.
Il en est ainsi de la déréglementation européenne du service public des transports.
Il en est ainsi de la hausse du seuil de 9 à 11 salariés pour les entreprises assujetties au versement transport, qui pourrait coûter des centaines de millions aux AOT (dont 20 à 25 millions pour le Sytral).

Cette situation percute malheureusement l’effort très important des territoires pour créer les conditions d’une véritable alternative au tout routier (à l’exemple des collectivités locales et des différentes partenaires publics et privés de la métropole lyonnaise engagés dans le développement des réseaux de transports collectifs, dont la part modale est passée de 14 à 18% en 10 ans).

Carte Trains Intercites - Rapport DuronL’abandon ou la diminution des TER, des TET et du fret ferroviaire vont inévitablement ouvrir la voie à la concurrence ultralibérale où seul la rentabilité comptera.

Dans cette logique purement comptable, il sera donc jugé « sain » de ne pas maintenir les services jugés peu rentables et de remplacer des trains par des autocars, quelles qu’en soient les conséquences environnementales et les risques pour la sécurité.

Il y a quelques années encore, le service public des transports fonctionnait avec la règle de la péréquation tarifaire qui permettait de financer les lignes moins rentables grâce aux lignes excédentaires.

Ce grand principe républicain du service public est aujourd’hui remis en cause, favorisant le développement des inégalités et des fractures territoriales avec des territoires isolés et sans réelle possibilité de développement.

Dans cette marchandisation forcée, seuls ceux qui pourront « payer » pourront s’offrir les services.

Si beaucoup parlent d’une mobilité accessible et respectueuse de l’environnement, trop souvent les choix se situent à l’exact opposé de cette exigence, aggravant les difficultés climatiques.

Monsieur le Président de la République,

Ces catastrophes dites naturelles sont avant tout de notre responsabilité collective.

Nos sociétés ne peuvent plus continuer à se développer sans subordonner l’économie à la justice sociale et environnementale. L’artificialisation des sols par l’urbanisation non maîtrisée et le développement autoroutier à outrance ne peut nous mener qu’à d’autres catastrophes de ce genre.

Developper les transports en communsUn aménagement plus équilibré du territoire associé au développement massif des transports publics adapté aux besoins des populations est une condition absolument nécessaire à une transition écologique basée sur la coopération et la solidarité.

Il y a un urgent besoin d’actes politiques concrets notamment d’un investissement humain, matériel et financier sans précédent dans le développement résolu et à tous les niveaux du transport public, pour qu’il soit enfin une véritable alternative au tout routier et au tout privé.

Espérant compter sur l’attention que vous ne manquerez pas de porter à cette lettre, je vous prie de recevoir, monsieur le Président de la République, l’expression de mes salutations les plus respectueuses.

 

Martial Passi
Maire de Givors
Vice-président de la Métropole de Lyon
Président délégué du SYTRAL
Vice-président de l’AMF

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